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À Lens, une main arrachée laisse les lycéens entre effroi et colère

Un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée lors d’une mobilisation devant son lycée à Lens. Le lendemain, ses camarades oscillent entre sidération…

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À Lens, une main arrachée laisse les lycéens entre effroi et colère

Un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée lors d’une mobilisation devant son lycée à Lens. Le lendemain, ses camarades oscillent entre sidération, peur et volonté de continuer à faire entendre leur voix.

Devant le lycée Auguste Béhal, dans le Pas-de-Calais, un rassemblement lycéen a basculé quand un garçon de 15 ans a eu la main arrachée. On ne sait toujours pas précisément comment les faits se sont déroulés, et une enquête de l’IGPN a été ouverte. Il s’agit notamment de déterminer s’il a ramassé l’engin ou si celui-ci a atterri sur lui. Une première mention avançait une grenade de désencerclement, avant que le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez ne parle d’une grenade assourdissante. Le ministre assure par ailleurs qu’au moins un cocktail molotov a été lancé dans le même temps.

Le lendemain, l’émotion reste intacte. Mélina, élève de première à Sallaumines, tout près de Lens, se trouvait avec des copines quand la scène a éclaté. « J’ai entendu boum. Je me suis retournée et j’ai vu un garçon courir sans sa main. Il était en panique », raconte-t-elle, encore bouleversée. Du haut de ses 16 ans, elle dit avoir « peur » des forces de l’ordre « qui tournent partout », alors que des camionnettes de CRS sont déployées aux abords de plusieurs établissements de la ville. Elle veut malgré tout « continuer » à manifester, « mais en faisant surtout attention ». « On ne veut pas la violence. Tout ce qu’on veut, c’est notre bac, c’est notre réussite. »

Le lycée Béhal a fermé ses portes dès l’après-midi du rassemblement, puis toute la journée suivante. Une cellule d’écoute et de soutien a été mise en place, et ils étaient peu nombreux derrière les grilles. À l’intérieur, le choc domine. « Pour l’instant c’est encore le choc, la consternation, la colère », souffle une enseignante, les larmes aux yeux. Elle pense à ce « gamin » de seconde professionnelle dont « l’avenir professionnel va être compliqué » après la perte d’une main. Venue sur place, la députée écologiste du Pas-de-Calais Marine Tondelier indique que l’adolescent a perdu l’usage de sa main gauche et deux doigts de la droite, les médecins s’interrogeant sur une amputation au poignet ou au coude. Le ministre de l’Education nationale Édouard Geffray parle d’un « drame » et assure que sa « préoccupation première est que les élèves et personnels soient protégés ».

La sidération ne touche pas seulement les élèves. Roxane Sauvage, professeure de lettres à Condorcet, se dit « en état de sidération », « même si on s’habitue de plus en plus à ces violences policières, malheureusement ». Pour elle, envoyer des CRS « suréquipés » charger « des gamins qui n’ont rien sur eux » n’a rien de proportionné. Thomas, 17 ans, en terminale, n’a pas vu la scène mais a entendu l’explosion. « Je n’avais jamais entendu une explosion pareille. » Il dit ressentir « de la colère et de l’incompréhension », parce qu’il n’y a « pas lieu d’utiliser des moyens comme ça sur des élèves ». Il ne connaissait pas la victime, mais pour lui, « ce n’était pas un casseur, c’était un manifestant comme tout le monde ». Des témoins évoquent une cinquantaine à une soixantaine de CRS face à cent cinquante à deux cents jeunes.

D’autres camarades racontent une même frayeur. Mike Ryan, 16 ans, en première, a connu l’adolescent au collège. Il devait rejoindre le rassemblement, avant de renoncer en voyant les images circuler en ligne. « Ça m’a choqué, ça fait peur. Une main coupée comme ça, on se croirait à la guerre. » Walid, 16 ans, en terminale, ne compte pas baisser les bras pour autant. « Ce n’est pas en nous arrachant des mains, des pieds ou d’autres parties de notre corps qu’ils vont nous faire arrêter ce qu’on fait. »

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