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Un ramadan sous tente pour les sinistrés d’Aceh

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Des milliers de familles indonésiennes, déplacées par les inondations de novembre, affrontent le mois sacré dans des conditions précaires, entre traumatisme et attente d’une reconstruction qui tarde à se concrétiser.

Assise sur un simple carton recouvert d’un tapis, Rauzah partage avec ses quatre enfants un repas de rupture du jeûne des plus frugaux. Comme des centaines d’autres familles du district de Pidie Jaya, dans la province d’Aceh, ils vivent entassés sous une tente depuis que les crues ont ravagé leur domicile il y a trois mois. Pour les quelque trente-deux mille personnes toujours hébergées dans des abris provisoires, le ramadan se déroule cette année dans un dénuement qui contraste avec les traditions festives de cette période.

L’angoisse demeure palpable parmi les survivants. « Dès que la pluie se met à tomber, je suis saisie d’une peur panique. Je ne pense qu’à mes enfants et à la manière de les mettre en sécurité », confie cette mère de famille, dont la maison est toujours ensevelie sous une épaisse couche de boue durcie. Les inondations et glissements de terrain de fin novembre, aggravés par une déforestation extensive, ont causé la mort de plus d’un millier de personnes à travers Sumatra et détruit des dizaines de milliers d’hectares de rizières, privant de nombreuses communautés de leur principale source de revenus.

Les autorités indonésiennes reconnaissent l’ampleur des défis. Près de treize mille sinistrés résident toujours sous des tentes, principalement dans la région d’Aceh, a récemment indiqué le ministre de l’Intérieur devant le Parlement. Un plan de réhabilitation, dont le coût est estimé à plus de trois milliards de dollars, a été mis sur pied. Sur le terrain, cependant, les progrès semblent lents au regard des besoins. À ce jour, un peu plus de douze cents logements permanents ont été édifiés, soit une fraction des seize mille trois cents promis initialement pour l’ensemble de l’île.

Cette lenteur alimente un sentiment croissant d’amertume parmi les populations affectées. Des manifestations ont eu lieu à Banda Aceh pour réclamer une mobilisation plus forte de l’État. Les dons privés, qui affluaient dans les semaines suivant la catastrophe, se sont notablement taris à l’approche du ramadan. « Les programmes gouvernementaux tardent à se matérialiser, et nous ignorons les raisons de ces retards », déplore Fakhri, un imam local lui-même évacué. La destruction des rizières a plongé de nombreux foyers dans une précarité économique aiguë, rendant encore plus difficile l’observance sereine du jeûne.

Pour ceux qui ont pu quitter les tentes pour des hébergements temporaires en préfabriqué, les conditions de vie restent sommaires. Reni, une mère de deux enfants, exprime une gratitude teintée de désillusion. « Nous sommes reconnaissants d’avoir un toit, mais beaucoup d’engagements pris envers nous ne sont pas tenus », souligne-t-elle, évoquant par exemple des allocations promises mais jamais perçues. L’attente d’une aide durable et d’une reconstruction effective pèse sur le moral des familles.

Face à cette situation, un certain fatalisme semble gagner certains habitants. « C’est notre destin, pour l’instant, nous devons composer avec le peu que nous avons », constate l’imam Fakhri. Alors que le mois de ramadan se poursuit, symbole habituel de partage et de recueillement, les communautés sinistrées d’Aceh tentent de préserver leur dignité et leur foi, dans l’espoir que les promesses de reconstruction finiront par se traduire en actes concrets.

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