Économie
Polluants éternels détectés près du plus grand incinérateur d’Europe


Une étude indépendante révèle la présence de composés perfluorés dans l’air environnant, suscitant l’inquiétude des populations riveraines tandis que l’exploitant conteste la méthodologie employée.
Des mesures effectuées aux abords de l’unité de valorisation des déchets d’Ivry-Paris 13 ont mis en évidence des concentrations notables de substances perfluoroalkylées dans l’atmosphère. Cette installation, la plus importante d’Europe par sa capacité de traitement, traite annuellement 700 000 tonnes de déchets ménagers provenant de vingt-six communes franciliennes. La fondation néerlandaise ToxicoWatch, spécialisée dans l’analyse toxicologique, a conduit ces recherches à la demande du collectif 3R avec le soutien de Zero Waste Europe.
Les prélèvements ont été réalisés entre octobre 2024 et février 2025 sur les systèmes de ventilation de cinq établissements scolaires situés dans un rayon de 1,5 kilomètre. Les filtres analysés présentaient des teneurs élevées en PFAS, ces composés chimiques persistants utilisés dans de nombreux produits industriels et domestiques. Les recherches scientifiques menées par l’Anses ont établi que certaines de ces molécules peuvent affecter les systèmes immunitaire et reproducteur, avec des conséquences potentielles sur le développement fœtal.
La responsabilité de l’incinérateur dans cette pollution atmosphérique fait cependant débat. Les auteurs de l’étude reconnaissent que leurs travaux préliminaires ne permettent pas d’établir avec certitude l’origine exclusive de ces émissions. Le Syctom, gestionnaire de l’installation, dénonce des protocoles d’analyse qu’il juge insuffisamment rigoureux et déplore l’anxiété générée parmi les habitants. Un rapport de l’Ineris publié en février 2025 indique pour sa part que les températures de combustion atteintes dans les usines d’incinération ne permettent pas une décomposition intégrale des PFAS.
Les élus locaux se disent préoccupés par ces révélations. Les mairies d’Ivry-sur-Seine et de Charenton-le-Pont ont sollicité l’intervention de l’Agence régionale de santé afin de procéder à des investigations complémentaires. Cette actualité s’inscrit dans un contexte de vigilance accrue concernant les rejets de l’installation, après que des analyses antérieures avaient révélé la présence de dioxines dans des œufs de poulaillers domestiques avoisinants. Le collectif 3R, qui milite depuis plusieurs années contre le projet de reconstruction de l’incinérateur, estime que ces nouveaux éléments confirment la nécessité de développer des alternatives au traitement thermique des déchets.





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