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Culture

Mégalithes de Carnac : le dilemme de l’Unesco entre préservation et afflux touristique

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L’inscription au patrimoine mondial pourrait offrir une protection renforcée à ces pierres millénaires, mais fait craindre un tourisme démesuré.

Les alignements de Carnac, ces mystérieuses pierres dressées depuis six millénaires, pourraient bientôt rejoindre la liste prestigieuse de l’Unesco. Ce classement, porté par un vaste projet regroupant plus de 550 monuments répartis sur 1 000 km² dans le Morbihan, vise avant tout à protéger ce patrimoine unique. Pourtant, une question persiste : cette reconnaissance internationale ne risque-t-elle pas d’attirer encore plus de visiteurs, au détriment de la préservation des lieux ?

Aujourd’hui, près de 300 000 personnes parcourent chaque année les célèbres alignements du Ménec, fascinées par ces menhirs dont l’origine reste énigmatique. Si certains, comme Luka Pachta, touriste belge, estiment que le site est déjà suffisamment connu pour éviter un afflux massif, d’autres redoutent un effet « Joconde » – une comparaison osée évoquant le risque de voir ces pierres ancestrales submergées par les foules.

Les autorités locales se veulent rassurantes. Olivier Lepick, maire de Carnac, souligne que les sites déjà très fréquentés ne connaissent généralement qu’une hausse modérée de 2 à 5 % après un classement. Des aménagements ont d’ailleurs été réalisés pour fluidifier la circulation, avec des chemins piétonniers et une réorganisation du trafic routier. « Autrefois, les voitures roulaient entre les menhirs comme sur une autoroute », rappelle-t-il, soulignant les progrès accomplis.

Pour Véronique André, une retraitée marseillaise, l’inscription serait une reconnaissance méritée, mais à double tranchant. « Ces pierres dégagent une force presque surnaturelle, elles méritent d’être protégées. Mais quand un site devient patrimoine mondial, tout le monde veut le voir », confie-t-elle. Une crainte partagée par les experts, qui anticipent un intérêt accru de visiteurs lointains, notamment asiatiques, friands de sites labellisés.

Face à ces défis, la priorité reste la préservation. Victoire Dorise, responsable du projet, insiste sur l’importance d’accueillir « mieux plutôt que plus », en améliorant l’accessibilité et la compréhension des lieux sans sacrifier leur intégrité. Car au-delà de la notoriété, l’enjeu reste de protéger ces témoins silencieux d’une époque révolue, avant que le temps – ou les selfies – n’aient raison d’eux.

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