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Économie

L’ombre portée de la haute couture italienne

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Derrière le lustre des podiums milanais, une réalité moins reluisante persiste au sein des ateliers de sous-traitance. Les enquêtes judiciaires récentes mettent en lumière des conditions de travail précaires, contrastant avec l’image d’excellence artisanale que les maisons de luxe promeuvent.

À l’occasion de la Fashion Week, l’entrée du défilé Tod’s était ornée d’artisans présentant avec fierté leur savoir-faire en matière de maroquinerie et de broderie. Cette mise en scène du « Made in Italy » incarnait l’héritage de qualité et de tradition au cœur de l’identité de nombreuses griffes. Pourtant, parallèlement à ce spectacle de maîtrise technique, des investigations menées par le parquet de Milan ont révélé l’existence d’ateliers dissimulés, où une main-d’œuvre, souvent d’origine étrangère, œuvrerait dans des situations précaires pour le compte de sous-traitants liés à de grands noms du secteur.

Le président du groupe Tod’s a indiqué que la mise en avant d’artisans lors de la présentation était une démarche indépendante des procédures en cours. Il a exprimé sa confiance dans une collaboration constructive avec les autorités judiciaires et les organisations professionnelles pour traiter ces questions. La société a par ailleurs communiqué au tribunal une série de mesures destinées à renforcer la transparence et le contrôle de sa chaîne d’approvisionnement.

Dans l’assistance du défilé, la connaissance de ces affaires semblait inégale. Une responsable d’un grand magasin américain a souligné l’importance capitale de l’intégrité de l’étiquette italienne pour le consommateur, tout en reconnaissant que le produit lui-même restait l’élément décisif dans l’acte d’achat. Une journaliste spécialisée a pour sa part estimé que l’attention du public se focalisait surtout lorsque des faits concrets étaient médiatisés, une dynamique comparable à d’autres industries comme l’agroalimentaire.

Certains observateurs pointent une forme de résignation chez les acheteurs. Une créatrice de contenu a ainsi avancé que les récits concernant les conditions de production pouvaient laisser indifférent, les consommateurs se sentant démunis pour impulser un changement significatif. Elle a toutefois noté qu’une baisse de la consommation pourrait servir de signal d’alerte aux marques.

La complexité de la supervision des chaînes logistiques constitue un défi majeur, en particulier pour les grandes entreprises aux réseaux d’approvisionnement étendus. Un dirigeant du secteur a expliqué qu’au-delà d’une certaine taille, il devenait pratiquement impossible d’exercer un contrôle exhaustif sur chaque intervenant, augmentant le risque de manquements. Il a ajouté que ces problématiques restaient largement confinées aux cercles professionnels, le client final en étant souvent peu informé.

Une étudiante en marketing de la mode a enfin émis l’hypothèse que, pour une partie de la clientèle, la valeur symbolique et sociale d’un produit, incarnée par le prestige de la marque, pouvait primer sur toute autre considération, y compris éthique. La volonté d’afficher un certain statut à travers ses achats tendrait ainsi à reléguer au second plan les conditions réelles de fabrication.

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