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Le procès du San Juan s’ouvre sur fond de défaillances systémiques

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_**Huit ans après la disparition du sous-marin argentin et de ses 44 occupants, la justice examine les responsabilités dans une affaire que l’accusation qualifie de «prévisible».**_

L’audience s’est ouverte mardi à Rio Gallegos, dans l’extrême sud de l’Argentine. Quatre anciens officiers supérieurs de la marine nationale y sont jugés pour manquement à leurs devoirs et homicide par négligence. Ils encourent des peines allant jusqu’à cinq ans d’emprisonnement. Leurs avocats plaideront leur cause à partir de mercredi, après la lecture des actes d’accusation.

Le dossier du parquet repose sur une thèse centrale. La perte du bâtiment, survenue en novembre 2017, ne serait pas le fruit du hasard, mais la conséquence directe de l’état de dégradation dans lequel se trouvait l’engin. Des expertises techniques ont établi que les délais prescrits pour des réparations essentielles avaient été dépassés de plus de deux ans, augmentant les risques pour l’équipage.

Le San Juan, un sous-marin d’attaque construit dans les années 1980, avait quitté Ushuaia pour rejoindre sa base de Mar del Plata. Sa dernière communication, le 15 novembre, signalait une avarie électrique et un début d’incendie. Après des semaines de recherches internationales, l’épave fut localisée un an plus tard par une société privée, gisant par 900 mètres de fond. Les observations ont révélé une coque déformée, caractéristique d’une implosion. Le submersible n’était pas conçu pour descendre au-delà de 300 mètres.

Si la cause précise de la catastrophe n’a jamais été formellement établie, une hypothèse technique prévaut. Une défaillance au niveau d’une valve aurait permis une intrusion d’eau dans le compartiment des batteries, provoquant un court-circuit, un incendie puis une explosion. Confirmer cette théorie nécessiterait toutefois un renflouement de l’épave, opération complexe qui n’a jamais été engagée.

Pour les parties civiles, représentant la majorité des familles des disparus, ce procès constitue une étape cruciale contre l’oubli. Beaucoup de proches, géographiquement éloignés et sans ressources suffisantes, ne pourront se rendre dans la salle d’audience. Un drapeau arborant les portraits des 44 membres d’équipage a été déployé à l’entrée du tribunal en hommage symbolique.

L’instruction a également mis en lumière les pressions subies par certaines familles dans les mois suivant le drame, évoquant des filatures et des intimidations. Des poursuites pour espionnage illégal avaient même visé l’ancien chef de l’État Mauricio Macri, avant d’être classées sans suite. Ni lui ni son ministre de la Défense de l’époque ne figurent parmi la longue liste des témoins cités à la barre.

Les débats, qui pourraient se prolonger jusqu’au milieu de l’année, devront déterminer dans quelle mesure la chaîne de commandement a négligé des signaux d’alerte répétés concernant l’état du navire. L’enjeu judiciaire dépasse la simple sanction pénale. Il s’agit pour la société argentine de comprendre les circonstances de la plus lourde perte de sa marine en temps de paix, et d’honorer la mémoire de ceux que l’institution qualifie désormais de «patrouille éternelle».

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