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Le Haut Conseil à l’Égalité alerte sur la menace du masculinisme et appelle à une stratégie nationale
Dans son rapport annuel, l’instance rattachée à Matignon estime que cette idéologie, qui promeut la suprématie masculine, constitue un enjeu de sécurité publique et gagne du terrain, notamment auprès des jeunes générations.
Le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes préconise l’adoption d’une stratégie nationale pour prévenir et combattre le masculinisme. Cette idéologie, apparue en réaction au féminisme, défend la primauté des hommes et impute aux femmes une dégradation de la condition masculine. L’organisme considère que la France accuse un retard préoccupant dans la prise en compte de ce phénomène, alors que des pays comme le Canada ou le Royaume-Uni l’ont intégré à leurs politiques de lutte contre l’extrémisme violent.
Le rapport souligne la nécessité de reconnaître le masculinisme comme une question de sécurité publique. Cette désignation permettrait de mieux former les services de renseignement aux codes et aux stratégies de recrutement propres à la « manosphère », cet espace numérique où ces idées se propagent. Une méconnaissance de ce langage spécifique rendrait en effet difficile l’identification des risques. L’instance recommande également d’inclure la notion de « terrorisme misogyne » dans les doctrines de sécurité, citant en exemple la mise en examen, l’été dernier, d’un jeune homme suspecté de projets violents contre des femmes et se réclamant de la mouvance « incel ».
La diffusion de ces idées, particulièrement active sur les réseaux sociaux et les plateformes de vidéos, représente un défi majeur. Une étude universitaire citée dans le rapport indique que les jeunes hommes peuvent être exposés à des contenus masculinistes en moins de vingt minutes de navigation. Face à cette réalité, le HCE appelle à renforcer les moyens des dispositifs de régulation en ligne et de signalement des contenus illicites.
Cette inquiétude s’appuie sur un constat plus large concernant la persistance du sexisme en France. Une enquête réalisée pour le rapport révèle que 60% des hommes pensent que les féministes cherchent à obtenir plus de pouvoir que les hommes. Par ailleurs, un quart des hommes interrogés jugent normal qu’une femme accepte un rapport sexuel par complaisance, et une proportion équivalente admet avoir déjà douté du consentement de leur partenaire. Le HCE estime ainsi que 17% de la population française adhère à un sexisme « hostile », qui dévalorise les femmes et justifie les discriminations à leur encontre, avec le risque que ces personnes soient réceptives aux discours masculinistes.
Le rapport met également en lumière une autre forme, plus insidieuse, de sexisme dit « paternaliste », qui concernerait 23% de la population. Celui-ci, en valorisant de manière prétendument bienveillante les rôles traditionnels, contribue à perpétuer les inégalités en enfermant les femmes dans des stéréotypes de fragilité. La prégnance de ces représentations est illustrée par le fait que 78% des Français estiment que la responsabilité financière de la famille incombe prioritairement aux hommes.
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