Politique
La justice impose une mise à distance entre Sarkozy et Darmanin
La libération sous contrôle judiciaire de l’ancien président s’accompagne d’une mesure inédite. Le ministre de la Justice se voit interdire tout contact avec l’ancien chef de l’État, une décision qui souligne les tensions entre le pouvoir politique et l’autorité judiciaire.
La cour d’appel de Paris a ordonné la mise en liberté de Nicolas Sarkozy tout en lui imposant une obligation particulière dans le cadre de son contrôle judiciaire. L’ancien président se voit formellement interdit d’entrer en contact avec le ministre de la Justice en exercice, les membres de son cabinet ou tout cadre du ministère susceptible d’avoir accès à des informations judiciaires. Cette disposition exceptionnelle vise à préserver la sérénité des prochains débats et garantir l’indépendance des magistrats.
Le président de la cour a justifié cette mesure en rappelant que le garde des Sceaux conduit la politique pénale du gouvernement et reçoit des rapports des procureurs généraux. L’entourage du ministre s’est borné à déclarer que ce dernier appliquerait la décision, sans autre commentaire. Cette mise à distance intervient après la visite de Gérald Darmanin à l’ancien président dans la prison de la Santé fin octobre, qui avait suscité de vives réactions dans le milieu judiciaire.
Le parquet général avait alors exprimé des réserves quant aux risques que cette démarche faisait peser sur l’indépendance de la justice avant le procès en appel prévu en mars. Le ministre s’était défendu en invoquant son devoir de vigilance concernant les conditions de détention d’un ancien chef de l’État. Plusieurs organisations professionnelles avaient dénoncé une confusion des rôles, estimant que de tels gestes de soutien pouvaient exercer une pression indue sur le cours de la justice.
Un collectif d’avocats a déposé une plainte auprès de la Cour de justice de la République pour prise illégale d’intérêts. Ils considèrent que les déclarations publiques du ministre et sa démonstration de compassion envers Nicolas Sarkozy constituent une prise de position incompatible avec ses fonctions. Pour les magistrats, cette interdiction de contact renforce une revendication essentielle concernant l’autonomie du parquet. Certaines voix politiques expriment cependant leur incompréhension, jugeant légitime l’attention portée aux conditions de détention d’un ancien président.
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