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Culture

Jeanne Friot, une esthétique queer en ouverture de la Fashion Week

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_**La créatrice française a présenté sa collection hivernale au Théâtre du Rond-Point à travers une performance dansée, affirmant avec force une vision politique et inclusive de la mode.**_

Le calendrier officiel de la semaine parisienne a débuté par un manifeste vestimentaire porté par le corps en mouvement. Jeanne Friot a choisi de dévoiler sa nouvelle collection mixte, intitulée « Awake », non par un défilé conventionnel, mais par une performance chorégraphiée par Maud Le Pladec et interprétée par vingt-trois artistes du Ballet de Lorraine. Cette proposition scénique, saluée par une ovation, place d’emblée la danse comme un espace d’expression et de résistance, central selon la styliste dans les cultures queer.

Les silhouettes défilant sur une musique énergique ont déployé l’ADN de la marque. Une palette dominée par le rouge, le noir et le violet a servi d’écrin à des pièces architecturales, entre pantalons à plumes, corsets réalisés à partir de ceintures de cuir, tailleurs entièrement brodés de paillettes et vestes aux épailles structurées. Le message, toujours présent dans le travail de la créatrice, s’est affiché sur des t-shirts arborant des slogans sans équivoque. Le moment a culminé avec l’apparition de deux mariées s’embrassant, entourées par la ronde des danseurs, image forte d’une célébration amoureuse inclusive.

Ce spectacle marquait une étape significative pour Jeanne Friot, qui faisait son entrée dans le calendrier officiel après deux années en présentation statique. Diplômée de l’Institut français de la mode et passée par plusieurs maisons prestigieuses, la styliste explique avoir fondé sa marque en 2020 pour répondre à un manque perçu dans l’industrie. Elle y associe une démarche éco-responsable rigoureuse, basée sur l’upcycling et la production locale en France, à un activisme affiché pour les droits LGBT+ et la déconstruction des normes de genre.

Cette ligne directrice, assumée comme une évidence liée à son identité de femme lesbienne et queer, lui a valu une reconnaissance internationale. Des icônes comme Madonna ou Katy Perry ont porté ses créations, et son costume pour la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris en 2024 a offert une visibilité mondiale à son travail. Une notoriété cruciale pour une maison indépendante qui emploie aujourd’hui une petite équipe et doit naviguer dans un environnement économique souvent décrit comme hostile.

Porter l’étiquette de créatrice engagée comporte son lot de défis, concède-t-elle, pouvant fermer certaines portes tout en en ouvrant d’autres. Elle constate que sa clientèle est souvent attirée précisément par les valeurs qu’elle défend. Dans un paysage de la mode où de tels positionnements restent rares, Jeanne Friot estime que tenir ce cap, bien que complexe, est une nécessité. Son spectacle d’ouverture, à la fois aboutissement de six années de travail et nouvelle affirmation de son ethos, semble lui donner raison.

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