Nous rejoindre sur les réseaux

Culture

Will Tracy, l’art de rendre humain un conspirationnisme

Article

le

Le scénariste nommé aux Oscars pour « Bugonia » explique comment il a construit un personnage de complotiste auquel le public peut s’attacher, loin des caricatures habituelles.

Le XXIe siècle a vu proliférer les figures de l’obsession conspirationniste, souvent réduites à des archétypes de rage numérisée. Pour son film « Bugonia », en lice pour l’Oscar du meilleur scénario adapté, Will Tracy a choisi une voie plus subtile. Il a souhaité doter son personnage principal, Teddy, d’une épaisseur psychologique et d’une forme de légitimité qui suscitent l’empathie, évitant ainsi l’écueil du portrait à charge.

Teddy, interprété par Jesse Plemons, est un homme reclus vivant avec son cousin dans une Amérique marginale. Convaincu que la dirigeante d’un géant pharmaceutique, incarnée par Emma Stone, appartient à une race extraterrestre infiltrée, il la kidnappe. Le récit, porté par la réalisation de Yorgos Lanthimos, navigue entre tension et humour noir, tout en explorant les fractures sociales. La captive, par son statut et son histoire, n’est pas entièrement innocente, ce qui brouille les frontières entre le persécuteur et la victime.

Will Tracy souligne avoir voulu éviter de faire de Teddy un personnage unidimensionnel, un « incel toxique » ou un illuminé sans relief. Il insiste sur le fait que son personnage nourrit des griefs réels, notamment liés au passé de l’entreprise pharmaceutique. Cette nuance permet au spectateur de comprendre ses motivations, même lorsque ses actes deviennent extrêmes. L’adaptation s’inspire librement d’un film sud-coréen de 2003, « Save the Green Planet ! », dont le scénariste s’est approprié l’esprit sans en être prisonnier.

La collaboration avec Yorgos Lanthimos s’est révélée naturelle. Le cinéaste, selon Tracy, a préservé l’essence du script et ses ambiguïtés, notamment dans sa conclusion ouverte qui invite à l’interprétation. Cette alliance a permis de maintenir le ton singulier de l’œuvre, à la fois grinçant et profondément humain, où la folie d’un homme interroge les certitudes du monde qui l’entoure.

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus