Société
Une révolution génétique permet d’éviter des maladies héréditaires graves
Des chercheurs britanniques ont réussi à prévenir la transmission de pathologies mitochondriales grâce à une technique innovante, soulevant des questions éthiques et réglementaires.
Une avancée scientifique majeure vient d’être réalisée au Royaume-Uni, où des médecins ont permis à plusieurs femmes porteuses de maladies mitochondriales de donner naissance à des enfants indemnes de ces affections génétiques. Cette méthode, dite de « don mitochondrial », consiste à remplacer l’ADN défectueux de la mère par celui d’une donneuse saine au moment de la fécondation. Les résultats, publiés dans une revue médicale prestigieuse, montrent que sur huit naissances issues de cette procédure, les nouveau-nés présentaient un taux extrêmement faible de mitochondries défaillantes.
Les mitochondries, souvent qualifiées de « centrales énergétiques » des cellules, jouent un rôle crucial dans le métabolisme. Leur dysfonctionnement peut entraîner des pathologies sévères, telles que des atteintes musculaires, des troubles neurologiques ou des diabètes précoces. La technique employée par les chercheurs britanniques permet de conserver l’essentiel du patrimoine génétique des parents tout en éliminant le risque de transmission de ces maladies. Si certains parlent de « bébés à trois parents », cette expression simplificatrice est contestée par les spécialistes, qui soulignent la part infime d’ADN mitochondrial dans le génome total.
L’expérience britannique, autorisée depuis 2015, fait figure d’exception dans un paysage international très restrictif. Aux États-Unis comme en France, les recherches sur l’embryon humain sont soumises à des limitations strictes. Paris interdit notamment toute manipulation génétique sur des embryons viables, une position qui suscite des débats parmi les scientifiques. Plusieurs experts estiment que le cadre réglementaire britannique, à la fois rigoureux et permissif, offre un modèle équilibré entre innovation médicale et contrôle éthique.
Des interrogations subsistent cependant quant à la stabilité des résultats. Chez trois enfants issus de l’étude, le taux de mitochondries défectueuses a légèrement augmenté après la naissance, sans que l’on en comprenne encore pleinement les causes. Par ailleurs, des cliniques privées en Grèce ou en Ukraine proposent déjà cette technique pour traiter des cas d’infertilité, un usage jugé prématuré par la communauté scientifique.
Cette percée ouvre des perspectives considérables pour les familles touchées par des maladies mitochondriales, tout en ravivant les controverses sur les limites de l’intervention génétique. Le débat dépasse désormais le cadre strictement médical pour interroger les fondements mêmes de notre rapport à l’hérédité et à la procréation.
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