Planète
Un an après les flammes, la renaissance contrariée d’Altadena
_**Dans la banlieue de Los Angeles, les habitants sinistrés par les incendies de janvier 2025 affrontent un labyrinthe administratif et financier pour reconstruire, tandis que la composition sociale historique de leur ville se trouve menacée.**_
Les cicatrices sont encore visibles sur les collines d’Altadena. Parmi les terrains dévastés, quelques structures neuves émergent, symboles d’une reconstruction laborieuse. Ted Koerner vient tout juste de réintégrer sa maison rebâtie à l’identique, un an après sa destruction. Son parcours illustre les obstacles rencontrés par de nombreux résidents. Il a dû financer lui-même les travaux initiaux, son organisme de crédit immobilier ayant tardé à libérer les fonds de l’assurance. Les incertitudes politiques pèsent également sur les chantiers, avec la crainte de droits de douane sur les matériaux et des tensions autour de la main-d’œuvre.
La bureaucratie californienne a tenté de s’adapter à l’urgence. Le comté de Los Angeles délivre désormais les permis de construire en quelques mois, un délai considérablement réduit. Pour Catherine Ridder, psychothérapeute dont le chantier est en cours, ces avancées restent relatives. Les inspections pour se conformer aux nouvelles normes, comme l’installation obligatoire de gicleurs anti-incendie, génèrent selon elle du chaos et des retards. Son relogement temporaire, très onéreux, est soumis à une limite de temps fixée par son assureur, ajoutant une pression supplémentaire.
Le défi financier est particulièrement aigu pour les propriétaires qui dépendaient de l’assurance publique, dernier rempart dans les zones à risque. Les indemnités versées sont souvent insuffisantes pour couvrir le coût d’une reconstruction dans ce marché immobilier tendu. Beaucoup fondent leurs espoirs sur les recours judiciaires engagés contre la compagnie d’électricie dont les équipements sont suspectés d’être à l’origine du sinistre. D’autres, comme Carol Momsen, ont choisi de vendre leur parcelle et de quitter les lieux, estimant que l’atmosphère du quartier avait irrémédiablement changé.
Cette tendance inquiète une partie de la communauté, notamment afro-américaine, qui voit dans ces départs une érosion de l’identité plurielle d’Altadena. Des panneaux proclamant « Altadena n’est pas à vendre » ou « Black Homes Matter » ponctuent les terrains vides, signes d’une mobilisation contre une gentrification subie. Ellaird Bailey, installé depuis des décennies, observe avec amertume le départ de voisins de longue date. La question de la préservation du tissu social se pose avec autant d’acuité que celle de la reconstruction des bâtiments, dans une région où la menace des incendies demeure une réalité permanente.
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