Économie
Saint-James face au dilemme des taxes américaines : entre savoir-faire français et incertitudes commerciales


L’entreprise normande, fleuron du textile tricolore, navigue en eaux troubles face aux fluctuations des droits de douane américains, menaçant ses exportations phares outre-Atlantique.
Au cœur de la Manche, les ateliers de Saint-James perpétuent un héritage textile vieux de plus d’un siècle. Pulls marins, cabans et marinières y sont confectionnés avec un savoir-faire artisanal, avant de traverser l’océan pour séduire une clientèle américaine friande d’élégance à la française. Mais aujourd’hui, cette success story est ébranlée par les aléas des négociations commerciales entre l’Europe et les États-Unis.
Avec 40 % de son chiffre d’affaires réalisé à l’export, dont un tiers en Amérique du Nord, la marque normande redoute l’impact d’une hausse brutale des taxes douanières. Une marinière vendue 140 dollars outre-Atlantique pourrait voir son prix grimper à 155 dollars en cas de droits de douane portés à 16,5 %. Une augmentation qui s’ajouterait à celles déjà subies ces dernières années, liées à la flambée des coûts du coton, de l’énergie et de la main-d’œuvre.
Pour Luc Lesénécal, président de Saint-James, ces fluctuations perturbent une gestion déjà complexe. « Les variations de change ou des matières premières, on sait les anticiper. Mais les modifications rétroactives des taxes douanières, c’est une autre paire de manches », confie-t-il. La marque, qui emploie 400 personnes, doit jongler avec ces incertitudes tout en planifiant ses collections six mois à l’avance.
Alors que Washington a repoussé au 9 juillet sa décision sur d’éventuelles sanctions douanières, l’inquiétude persiste. Faut-il répercuter immédiatement ces surcoûts sur les prix ? Comment réagiront les concurrents ? Autant de questions qui taraudent les dirigeants.
Pourtant, Saint-James mise sur son image intemporelle pour résister. Ses vêtements, portés par des icônes comme Brad Pitt ou George Clooney, incarnent un style français indémodable. Dans les ateliers, chaque pièce est travaillée à la main, des kilomètres de laine aux finitions méticuleuses. « Nos machines ne remplaceront jamais le coup d’œil et le geste précis de nos couturières », souligne Viviane Rête, responsable de la qualité.
Un lien historique unit d’ailleurs l’entreprise aux États-Unis : une stèle rappelle que des soldats américains établirent ici une base en 1944. Aujourd’hui, c’est sur le front économique que se joue une nouvelle bataille. Mais Saint-James, fort de son héritage et de son excellence artisanale, compte bien garder le cap.





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