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Quarante années d’emprise au sein d’une congrégation bénédictine
Un rapport indépendant lève le voile sur des décennies de dérives systémiques au sein des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre, décrivant un système d’autorité abusive et de contrôle généralisé.
Un système d’emprise institutionnelle, qualifié de dérive sectaire, a structuré pendant plus de quarante ans la vie des religieuses des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre. C’est ce que révèle un rapport de 142 pages, fruit d’une commission indépendante mandatée en 2024. Le document décrit avec précision les mécanismes de domination instaurés sous l’autorité de l’ancienne supérieure, mère Marie-Agnès, élue prieure générale en 1969.
Le système, dont les effets se sont accentués après 2004, a perduré jusqu’au début des années 2010. Il reposait sur une autorité excessive et inappropriée, exercée par une personnalité décrite comme perverse narcissique, capable d’identifier et d’exploiter les vulnérabilités de ses consœurs. Les investigations, menées auprès des quatre-vingt-six sœurs actuelles et de vingt-huit anciennes membres, ont recensé près de mille cinq cents faits relevant de l’abus d’autorité, du culte de la personnalité, de maltraitances psychologiques, physiques et financières.
L’emprise s’exerçait par un contrôle total de l’existence des religieuses. Coupées de leurs familles, elles subissaient une surveillance constante, avec l’écoute des parloirs et la lecture du courrier. Le rapport évoque un espionnage généralisé, une incitation à la délation et un chantage présents dans tous les prieurés. Une suractivité était imposée pour empêcher toute réflexion personnelle, tandis que des violences verbales, des humiliations, une infantilisation et des pressions physiques, incluant des gavages alimentaires, étaient monnaie courante.
La dimension financière de cette emprise est également détaillée. Le recrutement ciblait délibérément des jeunes filles issues de familles aisées. Les biens des sœurs étaient systématiquement pris en charge dès leur entrée au postulat, avec des cas de comptes bancaires vidés et d’héritages captés. Près de 860 000 euros auraient ainsi été prélevés sur les comptes de cinq religieuses et de la congrégation elle-même. La supérieure défunte, secondée par deux autres sœurs, menait un train de vie fastueux, financé par ces fonds, incluant des repas gastronomiques, des séjours sur la Côte d’Azur et des investissements immobiliers personnels.
La commission formule cinquante-huit préconisations, appelant à des mesures de réparation, incluant des indemnisations et des remboursements. Elle plaide pour une reconnaissance officielle par l’Église de ces dérives, que les autorités diocésaines de l’époque, notamment à Paris, n’ont pas su ou pas voulu voir. Le diocèse de Paris a depuis reconnu un manquement à son devoir de vigilance.
Le rapport note que des changements importants ont été engagés depuis 2014, permettant à la congrégation de retrouver un fonctionnement décrit comme normal, bien que encore fragile. La restauration de la confiance apparaît comme une étape essentielle pour tourner la page de ces décennies d’abus systémiques.
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