Économie
Nigeria : entre espoirs déçus et défis persistants, le bilan mitigé de Tinubu


À mi-parcours, le président nigérian peine à concrétiser ses promesses de stabilité économique et sécuritaire, laissant une population exsangue face à l’inflation et aux violences.
La détresse d’Anthonia Bayero illustre le quotidien de millions de Nigérians. Cette vendeuse de beignets à Abuja a réduit de moitié la taille de ses produits, tout en maintenant leur prix à 50 nairas. Une adaptation forcée face à une inflation galopante, symptôme d’une crise économique inédite depuis des décennies. Depuis l’arrivée au pouvoir de Bola Tinubu en mai 2023, le naira s’est effondré face au dollar, et les réformes soutenues par les institutions financières internationales n’ont pas encore apporté le soulagement espéré.
Sur le front sécuritaire, la situation reste alarmante. Les attaques jihadistes dans le nord-est, les conflits entre éleveurs et agriculteurs dans le centre, et l’activité des gangs criminels continuent de faire des centaines de victimes. En avril dernier, plus de 100 civils ont péri dans des assauts attribués aux groupes armés, tandis que l’armée, confrontée à des retards de paiement, voit son moral s’éroder. Malgré des déploiements militaires supplémentaires, comme dans l’État du Borno, les violences persistent, et la population ne perçoit pas d’amélioration tangible.
Pourtant, certains indicateurs macroéconomiques montrent des signes positifs. La production pétrolière, pilier de l’économie, a atteint 99 % du quota fixé par l’OPEP, un niveau inégalé depuis trois ans. Le PIB a progressé de 3,4 % en 2024, et les réformes structurelles, comme la suppression des subventions sur les carburants, pourraient, à long terme, assainir les finances publiques. Mais ces ajustements se répercutent durement sur le pouvoir d’achat des ménages, déjà fragilisés par la flambée des prix alimentaires et les déplacements massifs dus aux conflits et aux catastrophes naturelles.
Dans les rues d’Abuja, malgré les difficultés, certains gardent espoir. Des commerçants comme Ramentu Ahmed constatent une activité soutenue, même si les coûts augmentent. Pour d’autres, la patience s’épuise. Les manifestations contre la vie chère, réprimées avec violence l’an dernier, rappellent que la colère gronde. Alors que Tinubu officialise sa candidature pour 2027, l’opposition, morcelée, peine à incarner une alternative crédible. Le pays reste suspendu entre l’urgence des réformes et l’exigence de résultats concrets pour sa population.





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