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Mobilisation forcée en territoire ukrainien occupé, l’évasion périlleuse de deux jeunes hommes

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Le récit de deux adolescents ayant fui Marioupol illustre les méthodes de recrutement imposées aux populations civiles dans les zones sous contrôle russe et les obstacles dressés devant ceux qui tentent de quitter ces territoires.

Un jeune homme se remémore l’interrogatoire où des agents russes affichaient un sourire moqueur face à son angoisse. Avec son ami, il venait d’échapper de justesse à un renvoi vers Marioupol, où les attendait la perspective d’une incorporation dans l’armée d’occupation. Après avoir vécu sous administration russe dans cette ville portuaire du sud de l’Ukraine, les deux adolescents ont choisi la fuite en découvrant leurs convocations pour le service militaire.

Au cours d’un contrôle routier, les forces russes ont menacé de les inculper pour trafic de stupéfiants s’ils découvraient leur intention de gagner Kiev. « J’étais persuadé que tout était fini, qu’ils allaient nous refouler », confie le jeune homme de dix-neuf ans, finalement parvenu à rejoindre la capitale ukrainienne. Ce témoignage révèle les difficultés rencontrées par les habitants des territoires occupés souhaitant échapper à la conscription.

Le recrutement forcé de civils dans les zones occupées représente une violation des Conventions de Genève. Les deux amis ont accepté de s’exprimer sous pseudonymes, sans dévoiler certains éléments de leur parcours pour préserver la sécurité de leurs proches.

Marioupol est tombée aux mains des troupes russes en mai 2022 après un siège prolongé ayant causé des milliers de victimes selon les autorités municipales en exil. Leur lycée participait ensuite au recrutement pour l’armée russe, le directeur les présentant comme de « futurs défenseurs » de la Russie sous le portrait du président Poutine. « Je me demandais de quoi nous étions censés nous défendre », rapporte l’un des jeunes gens.

Les résidents de Marioupol qui affichent leur attachement à l’Ukraine s’exposent à des risques significatifs. Malgré cela, les deux adolescents ont poursuivi en secret leur scolarité selon le programme ukrainien en ligne. « Rien ne pouvait ébranler ma conviction que mon pays avait été attaqué ce 24 février. J’avais entendu les explosions », affirme l’un d’eux en évoquant le début de l’invasion.

Après le bombardement du théâtre servant d’abri en mars 2022, l’un des jeunes s’est rendu dans les décombres. « Je me souviens des matelas, des corps, de l’odeur et des mouches », décrit-il. Des organisations internationales estiment que cette frappe a causé la mort de nombreuses personnes.

L’arrivée des convocations militaires a précipité leur décision de fuir. « Personne ne me contraindra à combattre contre ma propre armée », déclare l’un des amis. Les autorités ukrainiennes affirment que des dizaines de milliers de résidents des territoires occupés ont été contraints à la mobilisation, des chiffres que Moscou ne commente pas.

Les appelés du service militaire ne sont théoriquement pas envoyés au front, mais des organisations de défense des droits humains signalent des pressions exercées pour les faire signer des contrats d’engagement. Après avoir rassemblé leurs économies, les deux jeunes gens ont préparé leur évasion. « Je pleurais en quittant ma ville natale, mais je n’avais pas d’autre solution », se souvient l’un d’eux.

L’interrogatoire au poste de contrôle a duré près de cinq heures. « Ils souriaient, augmentaient la pression, cherchaient la moindre faille », raconte le jeune homme. Les agents ont relevé ses empreintes digitales, questionné ses suppressions de photos téléphoniques et brandi la menace de possession de drogue. Il maintenait vouloir se rendre en Russie. « Notre âge rendait cette épreuve particulièrement intimidante », reconnaît-il.

Finalement libérés sans explication, ils s’inquiètent désormais pour leurs amis restés à Marioupol. L’un de leurs camarades, dépourvu de passeport, ne peut entreprendre les démarches administratives sans risquer une incorporation immédiate au bureau de recrutement militaire. « Il n’a tout simplement pas la possibilité de fuir », déplore le jeune évadé.

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