Politique
Macron lève le voile sur les violences coloniales françaises au Cameroun
Le président français reconnaît officiellement le caractère guerrier des opérations menées par Paris durant la décolonisation, marquant une étape décisive dans le travail de mémoire.
Emmanuel Macron a franchi un pas historique en qualifiant pour la première fois de « guerre » les opérations menées par la France au Cameroun pendant la période de décolonisation. Dans une lettre adressée à son homologue Paul Biya, le chef de l’État français assume la responsabilité de son pays dans les violences commises entre 1945 et 1971, s’appuyant sur les conclusions d’un rapport d’historiens remis en début d’année.
Ce document met en lumière les répressions systématiques exercées par les autorités coloniales et l’armée française, ainsi que leur prolongement après l’indépendance officielle du Cameroun en 1960. Les forces françaises ont en effet continué à soutenir les actions du gouvernement camerounais contre les mouvements indépendantistes, dans un conflit qui aurait fait des dizaines de milliers de victimes.
La démarche de Paris s’inscrit dans une politique mémorielle engagée depuis plusieurs années, après les travaux similaires consacrés au Rwanda et à l’Algérie. Le président français propose désormais la création d’un groupe de travail bilatéral pour approfondir les recherches et faciliter l’accès aux archives. Il évoque également plusieurs épisodes marquants, comme les opérations militaires ayant conduit à la mort de figures indépendantistes telles que Ruben Um Nyobè.
Si cette reconnaissance a été saluée par certaines voix au Cameroun, notamment parmi les anciens combattants, elle ne répond pas à la question des réparations, réclamées par une partie de la société civile. Pour Mathieu Njassep, président d’une association de vétérans, la France doit aller plus loin en assumant financièrement les conséquences de ses actes.
Cette annonce intervient dans un contexte politique tendu au Cameroun, où Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, se prépare à briguer un nouveau mandat. Les relations entre les deux pays, marquées par un passé complexe, pourraient ainsi entrer dans une nouvelle phase, entre exigence de vérité et volonté de renforcer les liens diplomatiques.
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