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L’ultime plaidoyer de Badinter pour une justice sans exécution


Le 17 septembre 1981, le ministre de la Justice Robert Badinter prononce devant les députés une allocution historique qui marquera l’aboutissement du processus d’abolition capital en France.
Dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, le garde des Sceaux développe pendant plus de deux heures une argumentation rigoureuse appelant à tourner la page des exécutions. Son intervention solennelle survient alors que le projet de loi arrive en discussion au Parlement. Le texte sera adopté le lendemain par les députés, puis validé par les sénateurs le 30 septembre, avant sa promulgation définitive le 9 octobre 1981.
Le ministre présente ce vote comme un choix de conscience personnel pour chaque parlementaire. Il inscrit sa démarche dans la tradition humaniste de la France, rappelant que le pays fut pionnier pour l’abolition de la torture et de l’esclavage. Pourtant, concernant la suppression de la peine capitale, la nation se trouve parmi les derniers États d’Europe occidentale à franchir ce pas.
Badinter déconstruit méthodiquement l’argument de la valeur dissuasive des exécutions. Aucune étude sérieuse, affirme-t-il, n’a jamais pu établir de lien entre la présence de la peine de mort dans une législation et l’évolution de la criminalité violente. La passion criminelle, souligne-t-il, n’est pas davantage contenue par la menace du châtiment suprême que ne le sont les passions nobles par d’autres formes de risques.
Le ministre avance une analyse politique en soulignant la corrélation entre régimes autoritaires et maintien de la peine capitale. Dans les démocraties, observe-t-il, l’abolition constitue la norme, tandis que les dictatures pratiquent couramment les exécutions. Cette distinction fondamentale traduit selon lui une conception différente du rapport entre l’État et les citoyens.
Son plaidoyer s’achève sur une vision d’avenir où la justice française cesserait définitivement de donner la mort. Il évoque la fin des exécutions clandestines à l’aube et le tournant historique que représenterait ce vote. Dans ses dernières phrases, Badinter remercie par avance les législateurs pour leur décision, exprimant l’espoir que la France rejoigne le camp des nations ayant renoncé à ce châtiment.





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