Société
L’initiative référendaire de Villiers suscite des réserves malgré son retentissement médiatique
Une pétition appelant à un référendum sur l’immigration, bien que massivement relayée, rencontre un accueil prudent dans les rangs politiques, tandis que ses modalités de collecte soulèvent des interrogations.
L’ancien eurodéputé Philippe de Villiers a présenté mercredi sur CNews le succès de sa pétition comme une « marée montante » et une « voie pacifique » pour des Français inquiets de leur identité nationale. Lancée début septembre et immédiatement mise en avant par le Journal du Dimanche, cette initiative reprend une proposition déjà défendue par le Rassemblement national, Reconquête ! et Les Républicains, à savoir l’organisation d’une consultation populaire sur la politique migratoire, présentée comme cruciale pour « la survie de la France ».
Le nombre de signatures revendiqué – plus d’un million et demi en dix jours – semble comparable à celui de la pétition contre la loi agricole Duplomb, laquelle avait contraint l’Assemblée nationale à rouvrir les débats. Les médias proches de Vincent Bolloré, où M. de Villiers officie régulièrement, n’ont pas manqué d’établir ce parallèle.
Cependant, la méthode de collecte diffère sensiblement. Contrairement à la pétition Duplomb, hébergée sur le portail officiel de l’Assemblée et soumise à une vérification d’identité via FranceConnect, celle de M. de Villiers ne requiert qu’un nom, un code postal et une adresse électronique, sans procédure de confirmation. Plusieurs rédactions, dont l’AFP, ont constaté qu’il était possible de signer plusieurs fois depuis le même appareil en utilisant différentes adresses mail, ce qui rend tout décompte rigoureux impossible.
Par ailleurs, le site invite les signataires à autoriser la communication de leurs coordonnées à Lagardère Media News, filiale de Vincent Bolloré, pour recevoir les informations du JDD et de JDNews. L’adresse indiquée dans les mentions légales correspond d’ailleurs aux locaux parisiens du groupe Lagardère.
Si Eric Zemmour, Sarah Knafo et Laurent Wauquiez ont affirmé avoir signé la pétition, Marine Le Pen a, quant à elle, déclaré ne pas soutenir ce type d’initiative, préférant le dépôt de propositions de loi. Les élus du Rassemblement national et de l’UDR n’ont pas relayé l’appel, manifestant une réserve certaine. Un cadre du RN a confié que son parti préférait mener ses propres consultations, jugées plus efficaces pour mobiliser et collecter des données. « Cette pétition ne débouche sur rien de concret », a-t-il estimé. « La traduction politique, elle est chez nous. »
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