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L’exode désespéré de la jeunesse afghane vers l’Iran

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Face à une crise économique et humanitaire sans précédent, des adolescents et des jeunes hommes afghans tentent de franchir clandestinement les cols montagneux pour gagner l’Iran. Un périple où le froid et les conditions extrêmes se révèlent souvent mortels.

Dans un village de la province occidentale de l’Afghanistan, une famille se recueille sur une tombe modeste, faite de terre et de pierres. Elle abrite les restes de Habibullah, un adolescent de quinze ans dont le rêve d’une vie meilleure s’est éteint dans la neige, au cours d’une traversée périlleuse vers la frontière iranienne. Comme lui, des milliers d’Afghans, poussés par une misère extrême, empruntent chaque année ces chemins de haute altitude, au mépris des dangers.

La mère du jeune homme, Mah Jan, décrit un quotidien de privations. Veuve et sans ressources, elle vit avec ses enfants dans une maison sans eau ni électricité. Le peu d’argent que rapportait Habibullah en cirant des chaussures dans les rues locales ne suffisait plus à nourrir la famille. Confronté à l’impossibilité de trouver un travail stable, même pour un salaire dérisoire, l’adolescent a finalement décidé de tenter sa chance chez le voisin iranien, espérant y trouver des opportunités économiques.

Ce choix, bien que désespéré, est partagé par une partie croissante de la population. Le pays, dirigé par les talibans depuis 2021, est en proie à une crise humanitaire aiguë, aggravée par des catastrophes naturelles récentes et des décennies de conflit. Près de la moitié des Afghans dépendent aujourd’hui de l’aide internationale pour survivre. Parallèlement, le retour forcé de centaines de milliers de migrants depuis le Pakistan et l’Iran a accru la pression sur des communautés déjà vulnérables.

Les autorités frontalières iraniennes ont récemment annoncé avoir secouru plus de mille six cents personnes en détresse dans les zones montagneuses, où les températures hivernales peuvent être fatales. Cependant, tous ne survivent pas à l’épreuve. Plusieurs corps gelés, dont celui de Habibullah, ont été rendus aux familles afghanes ces dernières semaines. Les organisations humanitaires alertent sur les risques accrus liés à ces passages illégaux, où les candidats à l’exil sont exposés au froid, mais aussi à d’éventuels trafics.

Face à cette situation, le gouvernement afghan affirme avoir intensifié la lutte contre les réseaux de passeurs, procédant à des centaines d’arrestations. Pourtant, la motivation à partir reste forte. Les entretiens menés sur le terrain par les agences internationales révèlent que l’insécurité alimentaire, l’absence d’emploi et le manque de services essentiels poussent de nombreux hommes à envisager l’émigration, malgré les périls.

Le récit d’Abdoul Majid Haidari, un jeune ouvrier de vingt-cinq ans, illustre cette tragique réalité. Ne parvenant plus à financer les médicaments pour son fils cardiaque, il a tenté la traversée avec son demi-frère, Yunus. Perdus dans la montagne sous la neige, épuisés et frigorifiés, ils ont vu leur tentative tourner au drame. Porté par ses proches après avoir perdu connaissance, Abdoul Majid est décédé avant d’atteindre un hôpital iranien. Son compagnon d’infortune résume leur geste par une phrase simple, qui en dit long sur la détresse de toute une génération. Ils sont partis, dit-il, parce qu’ils n’avaient plus rien.

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