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L’exil vénézuélien, un ancrage forcé en terre colombienne

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Malgré des conditions de vie précaires dans la région frontalière de Cucuta, les migrants vénézuéliens jugent un retour dans leur pays prématuré, estimant que la reconstruction nécessitera du temps.

Ils ont quitté leur foyer, poussés par la pénurie et l’instabilité. Aujourd’hui installés dans des quartiers informels aux abords de Cucuta, ces familles vénézuéliennes décrivent une existence réduite à la survie, à quelques kilomètres seulement d’une frontière qui semble désormais infranchissable dans l’autre sens. L’euphorie initiale suscitée par l’arrestation de l’ancien président Maduro s’est dissipée, laissant place à un constat réaliste sur l’ampleur des défis à relever.

Dans ces zones marquées par la pauvreté, où les habitations de fortune s’élèvent sur un sol de terre battue, les récits se ressemblent. Ils évoquent un départ motivé par la faim et l’absence de perspectives, un sentiment mêlé de nostalgie et de résignation. La vie en Colombie, bien que difficile, offre une stabilité relative, notamment la possibilité de scolariser les enfants, une chance souvent inaccessible dans leur région d’origine.

Franklin Petit, aide-maçon, résume cette ambivalence. Selon lui, le départ de l’ancien dirigeant ne modifie pas instantanément la réalité du pays. La situation demeure, à ses yeux, inchangée en profondeur. Son épouse, Nellisbeth Martinez, évoque avec émotion les privations extrêmes qui ont conduit à l’exil, une douleur encore vive. Leur priorité reste de garantir un avenir à leurs filles, ce qui, pour l’instant, passe par le maintien en Colombie.

Cette prudence est partagée par d’autres. Luisana Serrano, désormais boulangère après avoir été aide-soignante au Venezuela, souligne la différence fondamentale. Alors que les revenus de son mari ne permettaient autrefois de se nourrir qu’un jour par semaine, le travail procure aujourd’hui de quoi subvenir aux besoins quotidiens. L’espoir d’un retour persiste, mais il est tempéré par la conviction que la transition sera longue.

Leur implantation à Cucuta est souvent un choix par défaut, une étape contrainte. Beaucoup aspiraient à rejoindre des destinations plus lointaines, mais l’épuisement des ressources et les obstacles administratifs les ont fixés ici. La région elle-même est fragilisée, située en lisière de zones d’influence de groupes armés et de trafics, une réalité dont les habitants préfèrent ne pas parler ouvertement.

Ainsi, dans l’église du quartier où son fils apprend la musique, Imer Montes confirme cette impression. Le rêve de poursuivre plus au nord s’est heurté à la dure loi des moyens financiers et des documents. Pour ces familles, Cucuta est devenue un ancrage provisoire qui dure, un refuge imparfait mais préférable à l’idée d’un retour précipité vers un pays dont la guérison, croient-ils, n’est pas pour demain.

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