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Les profondeurs révèlent leurs secrets

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La gendarmerie nationale déploie une opération inédite de cartographie des épaves automobiles dans les cours d’eau français, une initiative destinée à faire progresser des enquêtes criminelles anciennes et à localiser des personnes portées disparues.

Trois plongeurs de la brigade fluviale descendent dans les eaux de la Seine, guidés par les images d’un drone sous-marin. Leur mission consiste à examiner trois véhicules repérés plusieurs mois auparavant. Cette plongée s’inscrit dans un vaste programme de recensement systématique des carcasses immergées sur l’ensemble du territoire.

Baptisé LETHE, ce projet a été initié il y a six mois par la gendarmerie. Son objectif est d’établir une cartographie complète des épaves reposant dans les rivières et les lacs, afin d’y rechercher d’éventuels restes humains. Cette modélisation à grande échelle vise à apporter des éléments nouveaux dans des dossiers non résolus et à retrouver des individus dont la disparition n’a jamais été élucidée.

L’impulsion décisive pour ce projet est venue d’une découverte effectuée fin 2023 dans une rivière de Bourgogne. Des ossements ont été identifiés à l’intérieur d’une voiture submergée, correspondant à un homme disparu depuis quatre décennies. Par ailleurs, les services ont constaté l’existence de plusieurs centaines d’épaves non répertoriées, liées à des affaires dites courantes.

Une centaine de plongeurs, répartis dans les différentes unités fluviales nationales, sont mobilisés pour ces opérations dans leurs zones de compétence respectives. Leur expertise est cruciale pour accéder aux lieux et en numériser les éléments, afin de fournir des comptes-rendus précis aux autorités judiciaires.

La méthodologie employée suit un protocole rigoureux. La première étape consiste en une prospection par sonar pour localiser les véhicules. Vient ensuite la reconnaissance, où les plongeurs relèvent la marque, le modèle et l’état général de l’épave. La fouille de l’habitacle est la phase la plus longue, nécessitant l’évacuation méticuleuse de la vase accumulée au fil des ans à l’aide d’aspirateurs subaquatiques et d’outils spécifiques, dans une approche inspirée des techniques archéologiques.

Le renflouement des véhicules, particulièrement onéreux, reste exceptionnel. La plupart des épaves sont laissées sur place. Les équipes sont équipées, outre le drone, d’un matériel de plongée pouvant atteindre trente kilos et d’appareils photographiques. En cas de découverte d’ossements, la photogrammétrie est utilisée pour réaliser des modélisations en trois dimensions à partir de multiples prises de vue.

Ce programme est mené en collaboration avec le pôle des crimes sériels et non élucidés du tribunal de Nanterre et bénéficie du soutien de la division des affaires non élucidées de l’Unité nationale de police judiciaire de la gendarmerie. Depuis son lancement, cette initiative a déjà permis la découverte de trois corps. Les investigations se poursuivent sur ces dossiers, dont les détails opérationnels restent confidentiels.

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