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Les ombres de l’enfance ougandaise se souviennent

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Des milliers d’enfants ont fui chaque nuit pendant des années pour échapper aux violences de la rébellion de Joseph Kony. Leur témoignage survient alors que s’ouvre le procès du chef de guerre devant la Cour pénale internationale.

Pendant près de trois décennies, une pratique de survie inhabituelle s’est imposée dans le nord de l’Ouganda. Au crépuscule, des milliers d’enfants quittaient leurs villages pour gagner des abris précaires, fuyant les exactions de l’Armée de résistance du Seigneur. Cette migration nocturne forcée visait à les soustraire aux enlèvements, aux violences sexuelles ou au recrutement forcé par les combattants de Joseph Kony.

Everlyn Ayo se remémore ces trajets épuisants commencés dès l’âge de cinq ans. Comme tant d’autres, elle marchait des heures pour rejoindre des lieux supposés sûrs, serrée parmi des centaines d’autres enfants. Au petit matin, le retour s’accompagnait souvent de visions cauchemardesques, des scènes de violence qui ont marqué à jamais sa mémoire. Aujourd’hui mère de famille, elle évoque des séquelles psychologiques durables.

Le conflit a provoqué le déplacement de générations entières et causé d’innombrables pertes humaines. Les estimations font état de plus de cent mille morts et soixante mille enfants enlevés, transformés en soldats ou en esclaves. Stephen Ocaya, qui a perdu ses parents très jeune, a lui aussi connu ces nuits d’exode, se cachant dans des églises ou des gares routières pour échapper aux rafles.

Alors que la procédure judiciaire contre Joseph Kony s’ouvre à La Haye, les survivants expriment un mélange d’espoir et de scepticisme. Beaucoup, comme Stella Angel Lanam, ancienne enfant-soldat, doutent que la justice internationale puisse réellement réparer leurs souffrances. À Lukodi, un mémorial honore les soixante-neuf villageois tués lors d’un massacre en 2004, rappel concret des traumatismes encore vivaces.

Malgré la dispersion de la rébellion et la diminution de ses activités, le nord de l’Ouganda porte les stigmates indélébiles de ces années de terreur. Les récits des « voyageurs de la nuit » constituent une archive vivante d’une période sombre, alors même que le responsable présumé de ces crimes affronte enfin la justice.

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