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Les champs de la mort silencieuse

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Dans les collines frontalières entre le Bangladesh et la Birmanie, une menace invisible et persistante mutile et tue des civils pris au piège d’un conflit qui les dépasse. La vie quotidienne est devenue un parcours semé d’embûches mortelles.

Le district de Bandarban, au sud-est du Bangladesh, abrite des communautés dont l’existence est rythmée par un péril sournois. Pour ces familles, franchir la limite poreuse avec la Birmanie afin de collecter du bois ou de cultiver la terre relève désormais d’une loterie macabre. Les engins explosifs dissimulés sous le couvert végétal transforment chaque pas en un risque potentiellement fatal.

Le destin d’Ali Hossain, quadragénaire originaire d’Ashartoli, illustre cette réalité implacable. Alors qu’il procédait à une cueillette de bois de chauffage, une détonation soudaine l’a projeté au sol, lui arrachant une jambe. Son récit évoque la précarité extrême qui suit de tels accidents. Après une amputation, il dépend désormais d’une prothèse et ne peut plus exercer son ancien métier dans une plantation d’hévéas. L’absence de perspectives contraint ses propres enfants à braver les mêmes dangers pour subvenir aux besoins du foyer et financer ses soins.

Cette situation n’est pas isolée. Mohammad Abu Taleb, un autre habitant de la région, a connu une mésaventure similaire en pénétrant sans le savoir en territoire birman. L’explosion qui l’a mutilé a bouleversé l’équilibre familial, obligeant son fils à quitter l’école pour travailler. Les frais médicaux récurrents, notamment pour l’entretien des prothèses, plongent ces foyers dans un endettement chronique.

Les autorités bangladaises pointent du doigt l’armée birmane ainsi que certains groupes insurgés pour la prolifération de ces engins. Le contexte régional, marqué par une instabilité persistante en Birmanie depuis le renversement du gouvernement civil, explique en partie cette recrudescence. Les observateurs internationaux notent une augmentation significative du nombre de victimes ces dernières années, particulièrement dans les zones limitrophes.

Face à cette menace, les forces frontalières du Bangladesh ont déployé des panneaux d’avertissement et mènent des opérations de neutralisation. Ces mesures apparaissent toutefois insuffisantes aux yeux des populations locales, dont la survie économique dépend de l’accès à ces terres. Pour des agriculteurs comme Dudu Mia, l’implantation de mines constitue une réponse inacceptable à des tensions qui les dépassent. Le sentiment d’abandon et d’injustice grandit dans ces villages où le danger fait désormais partie du paysage.

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