Politique
L’ère Trump ou l’art de la communication par l’intelligence artificielle
L’ancien président américain instrumentalise les technologies génératives pour construire sa propre mythologie politique tout en discréditant systématiquement ses opposants, selon une analyse de ses récentes publications sur les réseaux sociaux.
L’univers numérique de Donald Trump se peuple désormais de représentations fantasmées où il incarne tour à tour des figures d’autorité suprême, de héros invincible ou de monarque tout-puissant. Parallèlement, ses adversaires se voient systématiquement caricaturés en personnages ridiculeisés ou criminalisés. Cette utilisation intensive de contenus synthétiques caractérise la nouvelle phase de sa stratégie de communication déployée depuis son retour à la Maison Blanche.
L’administration actuelle se distingue par l’intégration inédite de visuels hyperréalistes mais fictifs dans sa communication officielle. Ces productions, abondamment partagées sur Truth Social, accompagnent régulièrement les prises de position du président lors de périodes de fortes tensions sociétales. Le mois dernier, une vidéo le montrant pilotant un avion militaire personnalisé et survolant des manifestants avait été publiée le jour même où des rassemblements dénonçaient ses tendances autoritaires.
La frontière entre réalité et fiction s’estompe davantage lorsque la présidence diffuse des images le représentant en super-héros, réponse directe aux interrogations sur son état de santé. D’autres montages le dépeignent revêtu d’habits pontificaux, domptant des fauves ou dirigeant des orchestres prestigieux. Certains internautes, visiblement trompés par le réalisme de ces créations, s’interrogent sur leur authenticité dans les sections commentaires.
Les observateurs notent que cette instrumentalisation de l’intelligence artificielle sert moins à convaincre de la véracité des images qu’à alimenter une narration politique permanente. Le procédé connaît d’ailleurs des émules jusqu’au sein du camp adverse, comme l’a démontré récemment le gouverneur de Californie en publiant sa propre parodie mettant en scène des responsables républicains.
Les cibles privilégiées de ces productions demeurent cependant les figures de l’opposition. L’ancien président Barack Obama apparaît ainsi détenu dans le Bureau ovale, tandis que le chef de file des démocrates au Congrès est affublé d’attributs ethniques stéréotypés. Ces représentations, qualifiées de racistes par les concernés, visent explicitement à mobiliser l’électorat conservateur.
Cette pratique interroge la capacité des citoyens à se référer à une réalité commune lorsque les plus hautes institutions participent à sa déformation. Les experts y voient la manifestation d’une conception permanente de la campagne électorale, où la captation de l’attention prime sur la véracité des contenus. L’absence de régulation encadrant ces technologies génératives laisse le champ libre à leur exploitation politique, transformant l’espace numérique en arène de représentations alternatives.
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