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Le tambour de l’aube, gardien d’une tradition séculaire à Istanbul

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Dans les ruelles d’Istanbul, une coutume ancestrale résonne chaque nuit du ramadan. Les davulcu, joueurs de tambour, veillent à réveiller les fidèles pour le dernier repas avant le jeûne, perpétuant un héritage ottoman menacé de disparition.

À l’heure où la ville dort encore, une pulsation rythmée perce le silence nocturne. Dans le quartier populaire de Fatih, à Istanbul, Hakan Özbingöl parcourt les rues pavées, son davul à l’épaule. Ce tambour à deux faces, hérité de son père, marque depuis cinquante-cinq ans le début du sahur, le repas pris avant l’aube durant le mois sacré. Sa silhouette se découpe sous les réverbères tandis que, derrière les fenêtres, des lumières s’allument une à une.

Pour ce musicien de soixante-cinq ans, cette mission relève bien plus d’un devoir religieux que d’une activité lucrative. Les modestes dons collectés à la fin du ramadan ne constituent pas une rémunération, mais il insiste sur la dimension spirituelle de son geste. Tant que la foi musulmane sera vivante, affirme-t-il, le son de son instrument ne s’éteindra pas. Sa pratique s’accompagne de la récitation de poèmes traditionnels, les *mani*, une compétence rare qui distingue selon lui les véritables gardiens de cette coutume.

Cette tradition puise ses racines dans les orchestres militaires ottomans de la fin du XIXe siècle. Elle demeure aujourd’hui étroitement associée à la communauté rom, reconnue pour son rôle essentiel dans la préservation de cet art musical. Les autorités municipales, soucieuses de sauvegarder ce patrimoine immatériel, ont récemment augmenté le nombre de davulcu accrédités, portant leur nombre à environ trois mille pour l’ensemble de la métropole. Cette initiative vise à transmettre aux jeunes générations l’atmosphère particulière qui accompagne les nuits du ramadan.

Dans le quartier, les habitants comptent sur ce réveil manuel. Sibel Savas, comme beaucoup d’autres, ne conçoit pas de se fier à une alarme électronique. Elle évoque un héritage familial, un lien tangible avec les anciens. Les davulcu adaptent parfois leur pratique avec une attention particulière, modérant leur frappe devant la demeure d’un voisin âgé ou fragile. Alors que de nombreux métiers de rue disparaissent progressivement du paysage urbain, ces veilleurs de nuit demeurent les ultimes témoins d’une Istanbul traditionnelle, où le rythme du sacré se mêle encore au quotidien.

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