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Le sort de l’anguille japonaise s’invite à la table des négociations internationales

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Plat ancestral au Japon, l’anguille fait l’objet d’une proposition de régulation mondiale qui inquiète les professionnels nippons, tandis que les défenseurs de l’environnement alertent sur le déclin de l’espèce.

Dans un restaurant spécialisé de la banlieue tokyoïte, un groupe de convives s’apprête à savourer l’un des mets les plus emblématiques de la gastronomie japonaise. Ce poisson plusieurs fois millénaire dans les traditions culinaires locales représente aujourd’hui l’enjeu de discussions internationales devant se tenir à Samarcande. La proposition émanant de l’Union européenne et de plusieurs nations d’Amérique centrale vise à intégrer les différentes espèces d’anguilles dans la convention régissant le commerce des espèces vulnérables.

L’archipel nippon consomme à lui seul la majeure partie des anguilles dédiées à l’alimentation humaine au niveau planétaire. Pour satisfaire une demande intérieure soutenue, le pays importe massivement ces poissons, près des trois quarts de sa consommation provenant de l’étranger. Une dépendance qui explique la réticence des autorités japonaises face aux projets de régulation.

La complexité du cycle biologique de l’anguille complique singulièrement les efforts de préservation. Ces poissons naissent dans les profondeurs marines avant de gagner les eaux douces continentales où ils passent plusieurs années, pour finalement retourner en mer afin de se reproduire. Au Japon, les captures de jeunes anguilles ont chuté dramatiquement, représentant désormais moins du dixième des volumes enregistrés durant les années soixante.

Sur le plan culinaire, l’anguille grillée accompagnée de riz demeure un plat festif dont le prix a plus que doublé en quinze ans. La quasi-totalité de la production nationale provient de l’aquaculture, laquelle dépend entièrement de la capture ou de l’importation de juvéniles sauvages, l’élevage ne parvenant pas à maîtriser la reproduction en captivité.

Les professionnels de la filière s’alarment des conséquences économiques qu’entraînerait un renforcement des contrôles commerciaux. Un éleveur souligne que toute entrave aux échanges internationaux aurait des répercussions significatives sur l’activité. Le gouvernement japonais conteste la nécessité de telles mesures, s’appuyant sur des études scientifiques indiquant une reconstitution des stocks et mettant en avant ses politiques de quotas et de coopération régionale.

Pourtant, des voix s’élèvent pour dénoncer un trafic international florissant qui contourne les réglementations existantes. Un expert international décrit ce commerce illégal comme l’une des plus graves atteintes à la faune sauvage, avec des réseaux sophistiqués de falsification des espèces et des provenances. Si les exportations européennes ont diminué après leur interdiction, de nouvelles routes commerciales se développent depuis les Caraïbes, menaçant directement les populations américaines d’anguilles.

Au-delà du risque immédiat d’extinction, les partisans d’une régulation mondiale insistent sur la nécessité d’instaurer une gouvernance transparente et coordonnée pour ce commerce ancestral, à la croisée des enjeux gastronomiques, économiques et environnementaux.

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