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Le Nil sous tension : le barrage éthiopien qui divise l’Afrique

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Un ouvrage pharaonique devenu symbole de souveraineté pour Addis-Abeba et source d’inquiétude pour le Caire, à quelques jours de son inauguration officielle.

La mise en service du Grand Barrage de la Renaissance éthiopien (GERD), prévue le 9 septembre, cristallise depuis plus de dix ans les rivalités géopolitiques dans la Corne de l’Afrique. Perçu comme un levier de développement national par les autorités éthiopiennes, cet ouvrage gigantesque suscite de vives préoccupations en Égypte, où il est considéré comme une atteinte à la sécurité hydrique du pays.

Avec une capacité de retenue de 74 milliards de mètres cubes, le GERD représente un projet structurant pour l’Éthiopie, qui y voit un moyen de doubler sa production électrique et de stimuler son économie. Le barrage fait l’objet d’un consensus rare dans un pays marqué par des conflits internes, transcendant les clivages politiques et fédérant la population autour d’un symbole de puissance et d’autonomie.

Pour l’Égypte en revanche, dépendante à 97 % des eaux du Nil pour ses besoins agricoles et domestiques, la question relève de l’urgence stratégique. Le gouvernement égyptien évoque une « menace existentielle » et multiplie les mises en garde contre toute réduction du débit du fleuve. Le Caire a renforcé récemment ses alliances régionales, notamment avec l’Érythrée et la Somalie, tout en maintenant un dialogue tendu avec Khartoum, également préoccupé par les impacts en aval.

Malgré plusieurs rounds de négociations sous l’égide de médiateurs internationaux, aucun accord contraignant n’a pu être trouvé sur les modalités de remplissage et d’exploitation du réservoir. Les tentatives de conciliation menées par les États-Unis, l’Union africaine ou encore les Émirats arabes unis se sont jusqu’ici soldées par des échecs.

Les experts s’accordent sur la possibilité d’une gestion coopérative des eaux du Nil, à condition qu’elle soit encadrée par des mécanismes de confiance et de transparence. Si un conflit armé ouvert semble improbable, les enjeux socio-économiques restent considérables pour l’Égypte, où toute perturbation hydrique pourrait avoir des conséquences profondes.

À l’approche de l’inauguration, Addis-Abeba réaffirme sa volonté de coopération et son engagement à ne pas nuire aux pays voisins. Les observateurs estiment cependant que le temps des négociations cède désormais place à celui de l’adaptation, le barrage étant appelé à devenir une réalité incontournable de la géographie et de la politique régionales.

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