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Le Japon adopte la garde partagée après une rupture conjugale

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_**Une réforme historique met fin à des décennies de monopole parental maternel, suscitant à la fois l’espoir des pères séparés et les craintes des victimes de violences domestiques.**_

L’archipel vient de modifier en profondeur son droit de la famille. Désormais, les parents qui se séparent peuvent choisir d’exercer conjointement l’autorité parentale. Cette évolution législative, entrée en vigueur cette semaine, rompt avec une tradition juridique qui faisait du Japon un cas singulier parmi les nations industrialisées. Pendant des décennies, la garde exclusive était automatiquement attribuée à un seul parent, le plus souvent la mère, après un divorce.

Pour de nombreux pères, cette révision représente une avancée majeure. Elle vise à préserver le lien entre l’enfant et ses deux parents, une relation qui pouvait auparavant être brutalement interrompue par la séparation. Le nouveau cadre permet aux couples de convenir des modalités de garde. À défaut d’accord, un tribunal aux affaires familiales sera saisi. Un avocat, lui-même confronté à la disparition de ses enfants après son divorce, salue une étape cruciale. Il souligne notamment que le parent dit non résident pourra désormais être consulté sur des décisions importantes concernant la scolarité, la santé ou un déménagement.

Toutefois, la mesure ne fait pas l’unanimité. Des voix s’élèvent pour dénoncer des risques potentiels, en particulier pour les personnes ayant subi des violences au sein du couple. Des manifestantes se sont rassemblées récemment à Tokyo, craignant que ce système n’oblige les victimes à maintenir un contact forcé avec leur ancien conjoint. Leur inquiétude porte surtout sur les formes de violences psychologiques ou économiques, souvent difficiles à prouver devant un juge.

La loi prévoit bien que la garde exclusive puisse être maintenue en cas de violences avérées. Mais des militantes et des juristes spécialisés pointent les limites du système de médiation familiale. Ils estiment que les professionnels concernés manquent parfois de formation pour identifier ces situations d’emprise, et que la recherche d’une neutralité peut conduire à minorer la parole des victimes. Selon eux, ce déséquilibre pourrait contraindre certaines personnes à accepter une garde partagée sous pression, les forçant à co-élever leur enfant avec leur agresseur.

Cette réforme cristallise ainsi un débat de société plus large, entre la volonté de favoriser la coparentalité et l’impératif de protection des personnes vulnérables. Elle traduit l’évolution des rôles parentaux, avec une implication croissante des pères, tout en mettant à l’épreuve la capacité des institutions à appréhender la complexité des dynamiques conjugales conflictuelles.

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