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Le combat sans fin des gardiens de l’énergie ukrainienne

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Dans l’ombre des installations dévastées, des techniciens et ingénieurs luttent jour après jour pour maintenir l’approvisionnement électrique du pays, malgré des destructions répétées qui réduisent régulièrement à néant leurs efforts.

Au cœur d’une centrale énergétique dont l’emplacement reste confidentiel, une équipe de spécialistes accomplit un travail qui semble ne jamais devoir s’achever. Leurs réparations successives sont systématiquement anéanties par de nouvelles frappes aériennes, transformant leur mission en une course contre la montre perpétuelle. Ces professionnels de l’énergie, employés par l’opérateur privé DTEK, font face à des destructions massives survenues lors de plusieurs vagues d’attaques en octobre et novembre.

Sur le site, la vision est apocalyptique. Un générateur de taille imposante continue de dégager d’épaisses volutes de fumée, entouré d’un enchevêtrement de structures métalliques carbonisées qui constituaient autrefois le cœur de l’installation. Des sacs de sable, destinés à protéger les équipements essentiels, portent les stigmates des impacts répétés. Parmi les décombres, un employé a découvert un fragment d’aile de drone portant des inscriptions cyrilliques, témoin matériel des assauts subis.

« Sisyphe payait pour ses fautes. Notre situation diffère quelque peu… Nous ignorons pour quelle raison nous subissons ce châtiment », confie Oleksandre, responsable de production âgé de cinquante-trois ans. La référence au mythe grec s’impose d’elle-même, tant la répétition du cycle destruction-réparation évoque le supplice du roi condamné à hisser éternellement son rocher. Pourtant, ce technicien expérimenté affirme sa détermination à « continuer de pousser cette pierre jusqu’au sommet », nourrissant l’espoir qu’elle retombe un jour du côté adverse.

La frustration et la colère constituent le lot quotidien de ces hommes et femmes qui voient leur travail méthodiquement réduit à néant. Après chaque nouvelle attaque, l’équipe se remet immédiatement à la tâche, reconstruisant patiemment ce qui vient d’être détruit. Les récentes semaines ont été particulièrement éprouvantes, avec une intensification des assauts sur les infrastructures énergétiques nationales.

Le dernier bombardement en date s’est révélé le plus dévastateur que la centrale ait subi depuis quatre années de conflit. L’alerte avait pourtant été donnée à l’approche des appareils ennemis, permettant au personnel de se mettre à l’abri. « Dans ces moments, il est impossible de ne pas ressentir de la peur », reconnaît Oleksandre. « Mais chacun se rassemble, accomplit son devoir et soutient ses collègues. »

Malgré l’ampleur des dégâts, les employés sont parvenus à circonscrire l’incendie, évitant sa propagation à d’autres secteurs. Le bâtiment administratif n’a pas été épargné, avec des murs effondrés et une mosaïque soviétique réduite en morceaux épars sur le sol. Vassyl, superviseur de cinquante-huit ans, se souvient avec précision du moment où le plafond s’est écroulé autour de lui. « Je suis toujours en vie », constate-t-il sobrement, considérant son travail comme sa propre « ligne de front ». Son fils de vingt-cinq ans combat quant à lui dans l’armée ukrainienne depuis le début de l’invasion.

La reconstruction exige des efforts considérables et d’importants moyens financiers, dans un contexte où l’Ukraine demeure tributaire du soutien européen. Le défi immédiat consiste à affronter l’hiver dans des conditions extrêmement précaires. Oleksandre, comme nombre de ses compatriotes, aspire à voir le conflit prendre fin. En attendant, la détermination reste de mise. « Nous n’abandonnerons pas, nous travaillerons et nous reconstruirons », assure-t-il, résumant l’état d’esprit qui anime l’ensemble du secteur énergétique ukrainien.

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