Économie
L’Argentine adopte une réforme du travail contestée au Sénat
_**Le projet phare de Javier Milei sur la flexibilisation du marché de l’emploi a été voté par la chambre haute, dans un climat de fortes tensions sociales et de violences aux abords du Parlement.**_
Le Sénat argentin a approuvé mercredi le projet de loi sur la modernisation du travail, une pièce maîtresse du programme économique du président Javier Milei. Ce vote marque une étape décisive pour l’exécutif, qui entend poursuivre sa politique de dérégulation. Le texte doit désormais être examiné par la Chambre des députés, une procédure que le gouvernement espère voir aboutir d’ici le mois de mars.
La réforme, qualifiée de régressive par les principales organisations syndicales, prévoit un assouplissement significatif des règles encadrant le marché de l’emploi. Elle facilite les procédures de licenciement, revoit à la baisse le montant des indemnités, restreint le droit de grève en élargissant la définition des services essentiels et autorise la division des périodes de congés payés. Le gouvernement défend ces mesures en affirmant qu’elles encourageront la formalisation des emplois, dans un pays où le secteur informel pèse plus de quarante pour cent de la population active.
Le débat parlementaire s’est déroulé dans un contexte extrêmement tendu. Alors que les sénateurs discutaient du texte, des affrontements ont éclaté aux alentours du Congrès à Buenos Aires. Des individus, pour beaucoup dissimulés par des cagoules, ont affronté les forces de l’ordre à coups de projectiles et de cocktails Molotov, auxquels la police a répondu par des gaz lacrymogènes et des tirs de balles en caoutchouc. Les services de secours ont pris en charge au moins deux blessés, un policier et un manifestant, tandis qu’une vingtaine de personnes ont été interpellées selon des sources médiatiques.
Ces incidents violents, survenus alors que le gros du cortège syndical n’avait pas encore atteint les lieux, ont été condamnés par les autorités. La ministre de la Sécurité a dénoncé sur les réseaux sociaux une action préméditée de la part de groupes d’extrême gauche, promettant que les responsables seraient identifiés et traduits en justice. Après ces accrochages, la place du Parlement est paradoxalement apparue presque déserte, laissant place à des feux de poubelles dans les rues adjacentes.
Au sein de l’hémicycle, les partisans de la réforme ont défendu un texte présenté comme un vecteur de progrès et de modernité. Un sénateur de la majorité a plaidé pour une rupture avec ce qu’il a décrit comme un modèle étatiste et corporatiste, accusé d’avoir découragé les investissements et appauvri la population. L’opposition et les syndicats rejettent catégoriquement ce diagnostic. Ils estiment que la priorité devrait être de freiner la vague de fermetures d’entreprises, évaluée à plusieurs milliers sur les deux dernières années, plutôt que d’assouplir la législation protectrice des salariés.
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