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L’Allemagne, dix ans après l’accueil d’un million de réfugiés : un pays transformé

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Entre intégration réussie et tensions persistantes, la société allemande continue de composer avec les conséquences de la décision historique d’Angela Merkel en 2015.

Le quartier berlinois de Neukölln incarne aujourd’hui les mutations profondes qu’a connues l’Allemagne au cours de la dernière décennie. Sur la Sonnenallee, commerces orientaux et terrasses animées témoignent d’une mixité culturelle désormais ancrée dans le paysage urbain. Cette transformation trouve son origine dans l’arrivée massive de réfugiés syriens, afghans et irakiens durant l’été 2015, un épisode qui a durablement marqué la politique et la société allemandes.

Pour les partisans d’une Allemagne ouverte, ces évolutions illustrent une intégration globalement réussie et une diversification enrichissante. Des parcours individuels viennent étayer cette vision, à l’image de cette restauratrice syrienne établie à Berlin ou de ce fabricant de textile qui emploie près de soixante-dix migrants dans le Bade-Wurtemberg. Le tissu économique, notamment dans les secteurs de la santé et de l’industrie, dépend aujourd’hui significativement de cette main-d’œuvre étrangère.

Pourtant, cette ouverture n’a pas été sans générer des tensions sociales et politiques. De nombreuses municipalités soulignent la pression exercée sur les services publics, les infrastructures scolaires et le marché du logement. Ces préoccupations ont contribué à l’ascension de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), formation d’extrême droite devenue deuxième force politique du pays. Les récentes attaques impliquant des demandeurs d’asile ont en outre ravivé les débats sur la sécurité et les conditions d’accueil.

Le gouvernement actuel, dirigé par Friedrich Merz, a opéré un net durcissement de la politique migratoire. Contrôles renforcés aux frontières, règles strictes de naturalisation et expulsions de criminels étrangers constituent désormais la nouvelle ligne directrice. Une approche justifiée par la volonté de répondre aux inquiétudes d’une partie de l’électorat et de freiner la progression de l’AfD.

Malgré ces mesures, près de 30 % de la population allemande possède désormais un passé migratoire. Les réfugiés de 2015, bien que majoritairement entrés dans la vie active, affichent un taux de chômage supérieur à la moyenne nationale et restent souvent dépendants des aides sociales. Ces réalités socio-économiques alimentent un sentiment de défiance dans certaines régions, particulièrement dans l’est du pays.

Si beaucoup de migrants ont trouvé leur place dans la société allemande, d’autres éprouvent un certain désenchantement, lié à la bureaucratie, à la fiscalité ou à un sentiment d’exclusion. Une étude récente indique qu’un quart d’entre eux envisagerait de quitter le territoire. Malgré tout, la majorité semble résolue à s’investir durablement dans leur pays d’accueil, à l’image de cette cheffe syrienne qui aspire à obtenir la nationalité allemande pour officialiser son appartenance à sa nouvelle patrie.

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