Monde
La trêve américano-iranienne vacille après une série d’incidents en mer d’Oman

Le fragile cessez-le-feu entre Washington et Téhéran, prolongé mardi par le président américain, a été mis à rude épreuve mercredi par l’interception de plusieurs navires dans le détroit d’Ormuz, théâtre d’un double blocus.
Quelques heures après l’annonce par Donald Trump d’une prolongation sans date butoir de la trêve entrée en vigueur le 8 avril, les Gardiens de la Révolution ont fait savoir qu’ils avaient arraisonné deux bâtiments tentant de traverser cette voie maritime stratégique. Selon un communiqué de l’armée idéologique iranienne, les navires en infraction ont été saisis par les forces navales et escortés vers les côtes iraniennes.
Plus tôt dans la journée, l’agence britannique de sécurité maritime UKMTO avait signalé qu’un porte-conteneurs avait été endommagé par des tirs iraniens au large d’Oman, tandis qu’un cargo quittant le détroit avait été visé par une attaque de source indéterminée au large de l’Iran. Il demeurait difficile de déterminer si ces navires étaient ceux mentionnés par les Gardiens de la Révolution.
Ces événements illustrent la fragilité de l’accord, alors que le détroit d’Ormuz est devenu un enjeu central du conflit déclenché fin février par les frappes américano-israéliennes contre l’Iran. Donald Trump a affirmé que la République islamique subissait un effondrement financier en raison du blocus de cette route maritime essentielle au transport mondial d’hydrocarbures. De son côté, Téhéran a soutenu que le blocus naval américain n’entravait pas sa capacité à approvisionner la population en biens de première nécessité et en denrées alimentaires.
Sur le plan diplomatique, l’impasse persiste. Aucune reprise des pourparlers entre les deux belligérants n’a été annoncée pour l’instant. Donald Trump a prolongé le cessez-le-feu sine die mardi soir, à quelques heures de son expiration prévue, afin de laisser davantage de temps aux Iraniens pour rejoindre les négociations de paix sous l’égide du Pakistan. Il a évoqué une extension jusqu’à ce que Téhéran soumette une proposition et que les discussions aboutissent. Washington et Téhéran devaient reprendre leurs échanges à Islamabad en début de semaine, après une première session le 11 avril, mais leurs délégations ne se sont pas encore rendues sur place. L’Iran conditionne la reprise des pourparlers à la levée du blocus naval américain et a menacé de reprendre les frappes contre les pays du Golfe, mettant en péril l’approvisionnement pétrolier mondial. Les Gardiens de la Révolution ont averti que si ces pays mettaient leur territoire et leurs installations au service des ennemis pour attaquer l’Iran, ils pourraient dire adieu à la production pétrolière au Moyen-Orient.
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a exprimé l’espoir que les deux parties parviendraient à conclure un accord de paix lors du deuxième cycle de négociations prévu à Islamabad. Il a reçu mercredi l’ambassadeur iranien dans la capitale pakistanaise. Les cours du pétrole, qui ont flambé depuis le début du conflit, sont restés sans direction mercredi en Asie après l’annonce de la prolongation de la trêve.
Par ailleurs, le Royaume-Uni doit accueillir mercredi et jeudi des responsables militaires d’une trentaine de pays pour discuter de la formation d’une mission dirigée par Londres et Paris afin de protéger la navigation dans le détroit d’Ormuz. À Téhéran, où les principaux aéroports ont rouvert lundi après plusieurs semaines de fermeture, la vie a repris son cours et les habitants profitent du répit offert par la trêve.
Sur l’autre front de la guerre, de nouvelles discussions directes entre Israël et le Liban doivent avoir lieu jeudi à Washington, sous l’égide de la diplomatie américaine. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a appelé Beyrouth à travailler ensemble contre le Hezbollah pro-iranien. Un cessez-le-feu de dix jours est entré en vigueur vendredi entre Israël et le mouvement chiite, que les deux parties s’accusent mutuellement de violer. Une frappe israélienne dans l’est du Liban a fait mercredi un mort et deux blessés, selon l’agence officielle libanaise ANI. L’armée israélienne, qui contrôle une bande de territoire le long de la frontière libanaise, a également fait exploser plusieurs maisons à Al-Bayada, dans le sud du pays, d’après la même source. Selon le dernier bilan officiel, au moins 2.454 personnes ont été tuées au Liban en six semaines de guerre.

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