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La pénurie d’essence paralyse Cuba, plongeant le quotidien dans une lenteur contrainte

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_**L’archipel caribéen, confronté à un étranglement énergétique sans précédent, met en œuvre un plan d’urgence drastique pour tenter de préserver ses activités vitales, tandis que la population subit de plein fouet les conséquences.**_

À La Havane, l’atmosphère est inhabituellement apaisée en ce début de semaine. Les artères de la capitale, d’ordinaire animées, voient circuler moins de véhicules. Dans le quartier central du Vedado, les trottoirs sont quasiment déserts, loin de l’affluence habituelle. Cette apparente tranquillité masque une réalité tendue, celle d’une société dont le rythme est dicté par la rareté du carburant.

Les mesures décrétées par les autorités, incluant la semaine de quatre jours, le développement du télétravail et un rationnement strict de l’essence pour les particuliers, visent officiellement à préserver les ressources. Pour Rosa Ramos, infirmière de 37 ans, ces dispositions représentent avant tout une épreuve. Elle patiente depuis plus d’une heure au bord de la route, espérant trouver un moyen de transport pour rejoindre son hôpital, situé à une dizaine de kilomètres. Si elle comprend la nécessité de ces décisions pour éviter un effondrement général, elle s’interroge, comme beaucoup de ses concitoyens, sur la durée d’une telle situation et l’incertitude qu’elle engendre.

Les effets sont immédiatement palpables. Les prix des courses en taxi privé ont déjà augmenté, certains trajets voyant leur tarif presque doubler. Cette crise place l’île dans une position de grande vulnérabilité, consécutive à l’interruption de ses approvisionnements en pétrole et aux pressions économiques extérieures. Le gouvernement cubain dénonce une stratégie délibérée visant à saper sa souveraineté.

La communauté internationale réagit. Le Mexique a exprimé son désaccord avec les mesures coercitives, les qualifiant d’injustes, tout en acheminant une aide alimentaire. Moscou a, de son côté, condamné des méthodes qu’il juge « asphyxiantes », affirmant être en discussion pour apporter son soutien. Le ministre cubain des Affaires étrangères a reconnu la difficulté de la situation, évoquant la nécessité de « grands sacrifices ».

Les répercussions s’étendent à tous les secteurs. Le trafic aérien est perturbé par une suspension temporaire de l’avitaillement en kérosène, obligeant les compagnies à réorganiser leurs vols long-courriers. Le tourisme, source cruciale de devises, est également touché par la fermeture de certains hôtels et le regroupement des visiteurs. Les transports interprovinciaux par bus ou train sont réduits, et le système éducatif fonctionne partiellement à distance, un mode d’organisation qui rappelle la période pandémique.

Les autorités justifient ces choix par l’impératif de concentrer les ressources énergétiques disponibles sur la production alimentaire, la génération d’électricité et les secteurs exportateurs, comme celui du tabac. Cette configuration rappelle aux Cubains les années difficiles de la « période spéciale » qui avait suivi la dislocation du bloc soviétique, principal soutien de l’île à l’époque. Aujourd’hui, c’est une nouvelle forme de résistance que doit inventer la population, confrontée à un quotidien où chaque déplacement devient une équation complexe.

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