Planète
La Guyane face à l’avancée inexorable de l’océan
Alors que le littoral guyanais recule sous l’effet combiné de l’érosion et de l’élévation du niveau de la mer, les autorités locales déploient des stratégies d’adaptation qui incluent le déplacement de populations entières.
Le littoral atlantique de la Guyane subit une transformation accélérée sous la pression des éléments. Les vagues grignotent progressivement le trait de côte, rapprochant dangereusement l’océan des zones habitées. À Kourou, des résidents constatent que la mer a gagné plus de quatre-vingts mètres en quelques années, réduisant certaines voies de circulation et menaçant directement les habitations.
Ce phénomène s’explique par la dynamique sédimentaire exceptionnelle de cette région. Chaque année, des centaines de millions de tonnes d’alluvions charriées par l’Amazone forment des bancs de vase mobiles qui remontent le long du plateau continental. Ces masses sédimentaires, véritables boucliers naturels, se déplacent jusqu’à deux kilomètres et demi annuellement, exposant périodiquement le littoral à l’assaut des vagues.
Les projections climatiques annoncent une aggravation de la situation. Selon les estimations, le niveau de l’océan Atlantique pourrait s’élever de quarante-six à quatre-vingt-quatre centimètres d’ici la fin du siècle. Cette élévation augmentera significativement les risques de submersion côtière, réduisant d’autant les zones tampons naturelles.
Face à cette évolution, les collectivités territoriales ont engagé des plans d’adaptation ambitieux. La municipalité de Kourou a lancé un programme en deux phases. La première consiste à installer des épis en bois pour briser la houle et gagner deux à trois décennies de répit. La seconde phase, plus radicale, prévoit la relocalisation d’environ quatre cents familles, représentant dix pour cent de la population locale.
La commune d’Awala-Yalimapo, située au nord-ouest du territoire, a intégré dès 2019 dans ses documents d’urbanisme la nécessité de déplacer certaines habitations, en réservant des terrains pour les futurs déplacés climatiques. La Collectivité territoriale de Guyane élabore parallèlement un schéma régional incluant des zones de repli.
Ces initiatives se heurtent cependant à des obstacles réglementaires et financiers. La loi Littoral, qui interdit la construction en discontinuité de l’urbanisation existante, complique la recomposition spatiale des communes affectées. Par ailleurs, le fonds national destiné à l’adaptation des communes littorales n’a pas été créé, pas plus qu’une taxe sur les locations saisonnières qui aurait pu générer cent quatre-vingts millions d’euros annuels.
L’enjeu financier reste considérable. Une étude récente évalue le coût national de l’adaptation à 2,3 milliards d’euros par an, un montant inférieur aux cinq milliards que pourraient coûter les dommages directs. La situation guyanaise illustre ainsi la complexité des défis posés par l’évolution du littoral dans les territoires ultramarins.
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