Économie
La centrale de Gardanne, une reconversion énergétique sous haute tension
Après une décennie de mutations et de conflits, le site industriel provençal a entamé sa production d’électricité à partir de bois. Cette transformation, présentée comme un modèle de transition, suscite de vives critiques quant à son impact environnemental et son coût pour la collectivité.
L’imposante silhouette de la Centrale thermique de Provence domine à nouveau le paysage de Gardanne. Sa cheminée, la plus élevée de l’hexagone, émet désormais des fumées issues de la combustion de biomasse, marquant l’aboutissement d’un long processus de reconversion. L’installation, autrefois alimentée au charbon, a été transformée pour fonctionner principalement avec du bois. Cette métamorphose technique, saluée par ses propriétaires comme une première européenne, n’a pourtant pas dissipé les inquiétudes des défenseurs de l’environnement.
Le parcours vers cette nouvelle activité a été semé d’embûches. L’annonce de la fermeture programmée des centrales au charbon en France avait plongé le site, historique pourvoyeur d’emplois dans une région marquée par la fin de l’exploitation minière, dans une profonde incertitude. Le rachat du complexe industriel a entraîné une restructuration drastique, source de tensions sociales prolongées et d’un arrêt de production de plusieurs années. Les pertes financières cumulées se chiffrent en centaines de millions d’euros.
Le modèle de production adopté repose sur l’utilisation annuelle de plusieurs centaines de milliers de tonnes de bois. L’approvisionnement est conçu comme un mix associant des déchets de bois, des importations et, pour une part majoritaire, des ressources locales prélevées dans un large périmètre régional. Les responsables du site affirment que ces prélèvements s’inscrivent dans une gestion forestière raisonnée, participant à l’entretien des massifs et à la prévention des incendies. Ils se présentent comme des utilisateurs en aval de la filière, récupérant des bois déjà exploités par d’autres industries.
Cette logique est vivement contestée par des organisations écologistes. Elles redoutent une pression accrue sur les écosystèmes forestiers, dénonçant un projet énergétique aux rendements jugés médiocres et au bilan environnemental discutable. Une longue bataille juridique a abouti à un encadrement renforcé du plan d’approvisionnement, avec notamment l’interdiction des prélèvements dans les zones Natura 2000 en France. Les critiques estiment toutefois ces garde-fous insuffisants, pointant du doigt la possibilité de s’approvisionner dans de telles zones à l’étranger.
Le débat s’étend également au volet économique du projet. Le renouvellement du contrat garantissant le rachat de l’électricité produite par l’État fait l’objet de vives polémiques. Certains acteurs dénoncent un niveau de rémunération excessif, financé par des fonds publics, et soulignent que le prix de revient du mégawattheure produit serait bien supérieur à celui de l’énergie éolienne. Ils qualifient ce mécanisme de subvention opaque, au détriment des finances publiques et d’une transition énergétique réellement vertueuse.
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