Culture
La Berlinale face au miroir du conflit israélo-palestinien
_**L’édition 2026 du festival international du film de Berlin s’est déroulée sous le signe des tensions liées au Proche-Orient, une réalité qui a imprégné les débats comme certaines œuvres présentées.**_
L’actualité géopolitique a une nouvelle fois pesé sur l’atmosphère de la manifestation cinématographique berlinoise. Dès la cérémonie d’ouverture, la déclaration du président du jury, Wim Wenders, estimant que le cinéma devait se tenir à l’écart de la politique, a suscité des réactions contrastées. Plusieurs personnalités du jury, dont l’écrivaine Arundhati Roy et l’actrice Tilda Swinton, ont exprimé leur désaccord, mettant la direction du festival dans une position délicate. L’équipe organisatrice a dû se défendre face à des accusations de censure, rejetant toute entrave à la liberté d’expression des artistes évoquant la situation à Gaza.
La remise des prix par les jurys indépendants a offert une tribune à ces préoccupations. Le réalisateur mexicain Fernando Eimbcke, doublement primé pour son film *Moscas*, a lancé un appel aux gouvernements et aux organisations internationales, les exhortant à réagir face au bilan humain dans l’enclave palestinienne. Cette intervention a confirmé que le sujet restait omniprésent dans les esprits.
La programmation elle-même a intégré cette dimension à travers plusieurs films présentés hors compétition. Le documentaire *Who Killed Alex Odeh?*, réalisé par Jason Osder et William Lafi Youmans, revient sur l’assassinat non élucidé d’un militant palestino-américain en 1985 en Californie. L’œuvre, nourrie d’archives, souligne comment l’enquête du FBI avait orienté les soupçons vers un groupe d’extrême droite juive. Pour William Lafi Youmans, bien que traitant d’un événement vieux de quatre décennies, le film conserve une actualité brûlante, notamment au regard de l’influence persistante de l’idéologie de Meir Kahane dans le paysage politique israélien. Le réalisateur a également observé une évolution dans l’opinion publique allemande, qu’il estime aujourd’hui plus encline à questionner le soutien traditionnel à Israël.
Un autre film, *Where To?* du cinéaste israélien Assaf Machnes, aborde le conflit de manière plus intime. Il suit les rencontres nocturnes d’un chauffeur de taxi palestinien à Berlin, interprété par Ehab Salami, et explore la relation improbable qui se noue avec un jeune passager israélien. Cette production est présentée comme le fruit d’une collaboration rare entre un réalisateur israélien et un acteur palestinien vivant en Israël. Assaf Machnes reconnaît l’omniprésence du contexte politique dans son pays, tout en affirmant chercher à éviter tout discours militant pour privilégier l’humain. De son côté, Ehab Salami a exprimé l’espoir que les messages d’empathie portés par le cinéma puissent inspirer une voie vers la paix.
Ces œuvres, et les discussions qu’elles ont provoquées, illustrent la difficulté pour un grand festival culturel de naviguer dans un climat international tendu, tout en maintenant un espace de dialogue et de réflexion artistique.
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