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Johannesburg, l’écart abyssal entre richesse et précarité

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À quelques kilomètres seulement, deux réalités urbaines s’opposent dans la capitale économique sud-africaine, révélant des fractures sociales qui interrogent la cohésion nationale.

Depuis les habitations sommaires établies le long de la rivière Jukskei, les tours modernes de Sandton, quartier d’affaires le plus prospère de Johannesburg, apparaissent comme un mirage lointain. Une distance de trois kilomètres à peine suffit à séparer deux univers que tout oppose. D’un côté, des sacs de déchets destinés au recyclage bordent des sentiers boueux menant à des potagers ; de l’autre, des immeubles de verre et d’acier abritent sièges sociaux et commerces de luxe.

Bryan, employé dans une société de sécurité, observe ce contraste depuis l’entrée de son logement, éclairé par une connexion électrique non officielle. Il souligne que Sandton concentre richesses et opportunités, mais que ces dernières demeurent hors de portée pour les habitants des quartiers informels. Cet homme, qui vit avec sa femme et son enfant, préfère taire son identité complète, craignant des représailles professionnelles.

Le paysage urbain reflète un fossé économique considérable dans un pays régulièrement cité comme l’un des plus inégalitaires au monde. Alors que Pretoria s’apprête à accueillir un sommet international consacré aux déséquilibres économiques, la question des disparités sociales s’impose comme un enjeu majeur. Un groupe d’experts, dirigé par l’économiste Joseph Stiglitz, a été mandaté pour éclairer les travaux sur ce sujet.

Selon les données compilées dans le cadre de ces réflexions, les écarts de richesse se sont accentués à l’échelle mondiale comme locale. En Afrique du Sud, une infime partie de la population détient une part considérable des avoirs nationaux, un héritage souvent attribué aux périodes coloniales et à l’apartheid. Le chômage touche près d’un tiers des actifs, et les aides sociales constituent souvent la seule ressource pour de nombreux foyers.

Les conséquences de ces inégalités se mesurent au quotidien. Bryan consacre une part importante de ses revenus aux frais de transport scolaire de son fils, tandis que dans le même temps, les établissements privés de Sandton facturent des sommes équivalentes à des années de salaire local. Le père espère toutefois que son enfant accédera à un avenir professionnel plus favorable que le sien ou celui de ses aïeux.

À proximité immédiate, le quartier des affaires affiche une opulence assumée. Des enseignes prestigieuses, des restaurants et des infrastructures autonomes – comme des groupes électrogènes privés – garantissent un confin ininterrompu à une clientèle aisée. Ces aménagements contrastent avec les conditions de vie des zones voisines, où les habitants doivent financer eux-mêmes des installations sanitaires collectives.

Face à ces réalités, le scepticisme demeure. Pour Bryan et ses voisins, les rencontres internationales comme le G20 suscitent peu d’espoirs concrets. Ils doutent que les décideurs et les détenteurs de capitaux engagés dans ces discussions soient en mesure – ou aient la volonté – d’améliorer significativement leur existence.

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