Culture
Florence Dupré la Tour, le dessin à l’épreuve de la précarité
L’autrice de bande dessinée publie simultanément deux ouvrages où se croisent les thèmes de la domination sociale et du silence pesant sur les questions financières.
Florence Dupré la Tour occupe aujourd’hui une place reconnue dans le paysage de la bande dessinée. Son parcours, pourtant, fut marqué par une longue période de grande précarité, une expérience qu’elle relate dans un nouvel album. Intitulé « Jeune et fauchée », ce récit de deux cents pages paraît cette semaine aux éditions Dargaud. Parallèlement, l’artiste lyonnaise de quarante-sept ans signe un second ouvrage, « Les moribonds », une fable aux accents pop publiée chez Casterman qui suit les errances d’un vampire dans un monde post-apocalyptique.
Ces deux publications, bien que distinctes par leur univers, abordent une problématique commune, celle des rapports de domination et des clivages sociaux. L’autrice y explore plus particulièrement le tabou qui entoure la question de l’argent dans la société française. Son récit autobiographique retrace une jeunesse passée dans un cadre familial décrit comme rigide, suivie d’une rupture et d’une vie d’adulte faite de petits emplois précaires, alors qu’elle tentait de percer dans le milieu du dessin.
L’album décrit avec un humour acéré les difficultés matérielles et le poids des injonctions sociales. Il évoque notamment la honte associée à la pauvreté, sentiment renforcé pour celles et ceux issus de milieux favorisés. Après des années de persévérance, Florence Dupré la Tour a finalement réussi à vivre de son art, notamment grâce au succès de ses précédentes séries. Elle souligne cependant que de nombreux auteurs et autrices continuent de travailler sous le seuil de pauvreté, une réalité qui dépasse le seul domaine de la bande dessinée.
Son style graphique, influencé par l’esthétique du manga et caractérisé par une grande économie de moyens, contraste souvent avec la gravité des sujets traités. Elle privilégie des personnages aux traits épurés, parfois dépourvus de nez ou d’yeux, un choix qui, selon elle, renforce paradoxalement leur expressivité. Cette approche singulière est particulièrement visible dans « Les moribonds ».
Florence Dupré la Tour s’inscrit dans une génération d’autrices qui ont contribué à féminiser un secteur traditionnellement très masculin. Ce mouvement s’est affirmé ces dernières années, notamment à la suite d’un appel collectif lancé en 2015 contre le sexisme dans le neuvième art.
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