Société
Exode massif après un assaut contre une plateforme de cybercriminalité en Birmanie
Une opération militaire contre l’un des principaux centres de fraude en ligne du pays a provoqué un mouvement de panique parmi les travailleurs, dont une partie s’est redirigée vers des structures similaires voisines.
Le récent raid mené par l’armée birmane dans le complexe KK Park, l’un des plus importants sites de cyberarnaques du pays, a déclenché un vaste mouvement de fuite vers la Thaïlande voisine. Plus de 1 500 individus de diverses nationalités ont traversé la frontière, selon les autorités provinciales thaïlandaises. Des témoins évoquent une dispersion générale à l’arrivée des militaires, certains profitant de l’occasion pour s’extraire de ce système, tandis que d’autres ont rejoint des installations clandestines similaires dans la région.
Cette industrie illicite, qui générerait plusieurs milliards de dollars annuels en Asie du Sud-Est, repose sur des complexes opérationnels abritant des milliers de personnes. Sous l’emprise de réseaux criminels organisés, celles-ci sont chargées d’escroqueries en ligne ciblant des internautes à l’échelle mondiale. Si une partie des employés serait victime de traite, d’autres s’engageraient volontairement, attirés par des rémunérations pouvant dépasser 1 000 dollars mensuels.
Un ressortissant chinois travaillant dans l’un de ces centres a indiqué avoir vu arriver, peu après l’intervention, plusieurs centaines de personnes en provenance de KK Park. Il a précisé que le recrutement dans ces structures dépendait souvent du bon vouloir des responsables locaux, certains patrons n’hésitant pas à « récupérer » une main-d’œuvre désormais disponible. Des experts confirment ce phénomène de redéploiement vers des sites voisins, où les activités frauduleuses se poursuivent.
La majorité de ces complexes seraient contrôlés par des groupes criminels chinois, souvent liés à des milices birmanes. Les observateurs estiment que les autorités birmanes ferment les yeux sur ces activités, malgré les pressions exercées par Pékin, préoccupé par l’implication de ses ressortissants. L’opération menée en octobre, bien que médiatisée, aurait été soigneusement calibrée pour limiter son impact sur les revenus générés par ce business souterrain.
Selon des organisations de défense des droits humains, la solution passe par le démantèlement des réseaux criminels dirigeants et la saisie de leurs actifs. Tant que les responsables ne seront pas inquiétés, estiment-elles, ces centres clandestins continueront de prospérer dans l’impunité, recyclant une main-d’œuvre mobile entre différents sites frontaliers.
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