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Dix mois d’exil forcé pour les réfugiés de Tulkarem

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Des milliers de Palestiniens déplacés vivent dans l’attente incertaine de retrouver leurs foyers, tandis que les opérations militaires se poursuivent en Cisjordanie.

Hakam Irhil ignore quand il pourra regagner sa demeure. Ce quadragénaire palestinien compte parmi les milliers de résidents contraints de quitter le camp de réfugiés de Tulkarem en janvier dernier, lors du lancement d’une vaste opération militaire israélienne. Sa maison a été démolie durant l’intervention baptisée « Mur de fer », étendue à plusieurs camps du nord de la Cisjordanie. Les autorités israéliennes justifient ces actions par la nécessité de combattre des groupes armés palestiniens.

Avant ces événements, la vie suivait son cours dans ces camps où les tentes d’origine avaient cédé la place au fil des décennies à des constructions pérennes. Chaque génération ajoutait son étage, transformant progressivement ces espaces de transit en lieux de vie stables. Aujourd’hui, Hakam Irhil et sa famille occupent une salle de classe avec cinq autres personnes, sans intimité aucune. Dix-neuf familles ont réaménagé les couloirs de l’école, y installant des jardinières, un évier pour la vaisselle et des cordes à linge entre les colonnes.

Un récent rapport documente le déplacement forcé de trente-deux mille Palestiniens chassés de leurs foyers dans les camps de réfugiés cisjordaniens depuis le début de l’année. Plus de huit cent cinquante habitations et structures diverses auraient été détruites dans trois camps en dix mois. L’armée israélienne a procédé à l’ouverture de larges artères au cœur du dédale de ruelles, facilitant le passage de ses véhicules militaires. Ces déplacements forcés de populations civiles sont qualifiés de crimes de guerre par des organisations de défense des droits humains.

L’armée israélienne affirme que des terroristes opèrent depuis des zones résidentielles dans les camps de Tulkarem et Jénine. Elle souligne que son intervention a significativement réduit les activités armées dans la région, sans fournir d’échéance pour la fin des opérations. Pendant ce temps, les réfugiés déplacés manifestent régulièrement pour réclamer leur droit au retour. Lundi dernier, environ cent cinquante personnes ont franchi une barrière militaire récemment installée avant de se rassembler à l’entrée du camp de Nour Chams. Des coups de feu ont retenti depuis l’intérieur du camp, blessant un journaliste et dispersant la foule.

L’armée a déclaré que les manifestants avaient pénétré dans une zone militaire interdite, et que les soldats avaient tiré sur un individu ayant refusé d’obtempérer. Pour de nombreux Palestiniens, cette situation réveille le traumatisme historique de l’exode de 1948, connu sous le nom de Nakba. La crainte d’un déplacement permanent hante les esprits. Les rumeurs circulent parmi les réfugiés, qui espèrent un retour possible en janvier prochain, tout en redoutant de nouveaux reports. L’attente se prolonge dans l’incertitude, entre l’espoir ténu du retour et la peur de voir l’exil se pérenniser.

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