Monde
Cuba face à l’émergence inquiétante d’une drogue de synthèse
Une substance nommée « quimico » gagne du terrain parmi la jeunesse cubaine, provoquant des états d’égarement et une dépendance rapide, dans un pays traditionnellement épargné par les fléaux liés aux stupéfiants.
En pleine lumière havanaise, des jeunes errent, hagards, le regard vide et la démarche incertaine. Ils sont sous l’emprise d’une drogue de synthèse baptisée « quimico », dont la consommation connaît une expansion préoccupante à Cuba. Cette substance, bien plus puissante et addictive que le cannabis, et surtout bien moins chère, s’est implantée ces dernières années dans la capitale et au-delà.
Le phénomène frappe un pays où la toxicomanie demeurait jusqu’alors relativement marginale. Composé à partir de médicaments psychotropes, d’anesthésiants vétérinaires et parfois même de fentanyl ou de formol, le « quimico » se présente sous forme de papier imprégné ou de mélange à fumer. Son coût dérisoire – environ 25 centimes la dose – le rend accessible à une jeunesse fragilisée par la crise économique.
Ses effets sont dévastateurs. Les spécialistes pointent une puissance cinquante à cent fois supérieure à celle du THC. Les usagers présentent des états d’euphorie, de somnolence, des convulsions, des troubles cardiaques, et parfois une rigidité musculaire caractéristique qui leur vaut le surnom de « zombies ». Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des jeunes désorientés, titubants, certains s’effondrant après une surdose.
Face à cette propagation, les autorités ont renforcé les sanctions contre les trafiquants et lancé fin l’année dernière une campagne de prévention ciblant les quartiers sensibles. Parallèlement, des initiatives privées, comme un centre évangélique de désintoxication en périphérie de La Havane, tentent de prendre en charge les dépendants. Le processus s’y déroule sans médicament, associant prières, travail collectif et accompagnement comportemental.
Parmi les patients, des récits de dépendance extrême émergent. Certains consommaient jusqu’à quinze doses par jour avant d’entamer leur sevrage. Aujourd’hui, après plusieurs mois de cure, certains envisagent même de créer leur propre entreprise, souhaitant tourner la page et soutenir à leur tour le centre qui les a aidés. Si la route vers la guérison reste longue, ces premiers pas illustrent une lueur d’espoir dans un pays confronté à un défi sanitaire et social inédit.
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