Monde
Amnistie au Venezuela, une libération en demi-teinte
L’annonce de la libération de centaines de détenus politiques a été accueillie avec un mélange d’espoir et d’amertume par de nombreuses familles, dont les proches restent derrière les barreaux.
Devant les murs de l’établissement pénitentiaire de Rodeo 1, à une quarantaine de kilomètres de Caracas, des voix s’élèvent régulièrement. Des femmes interpellent les détenus, cherchant à maintenir un lien au-delà des murs. Cette scène se répète depuis des semaines, dans l’attente d’une mesure de clémence promise. La promulgation récente d’une loi d’amnistie, censée conduire à la libération de plusieurs centaines de personnes, a suscité des réactions contrastées au sein de ces familles qui campent aux abords des prisons.
Pour un certain nombre d’entre elles, l’annonce des premières libérations a été une déception. La législation adoptée exclut en effet de son champ d’application une partie des détenus, notamment des militaires. Une exclusion vécue comme une injustice par leurs proches, qui estiment que ces personnes sont les principales victimes de violations de leurs droits fondamentaux. L’espoir d’une libération générale s’est ainsi mué, pour beaucoup, en une attente empreinte de résignation et de lassitude.
Devant le centre de détention connu sous le nom de Zone 7, à Caracas, la détermination reste pourtant de mise. Des familles y maintiennent une présence pacifique depuis des semaines, exigeant des actes concrets plutôt que des promesses. Leur mobilisation quotidienne, entre tentes et matelas, illustre la persistance d’un combat pour la liberté de leurs proches. Elles rappellent que des mesures de grâce ont par le passé permis à d’anciens putschistes de réintégrer la vie politique, et s’interrogent sur les critères actuels de clémence.
Selon les estimations d’organisations de défense des droits humains, plusieurs centaines de détenus politiques ont pu recouvrer la liberté depuis le début de l’année. Toutefois, un nombre équivalent, voire supérieur, demeurerait incarcéré. Les observateurs pointent du doigt le caractère limité dans le temps de la loi d’amnistie, qui ne couvrirait qu’une fraction de la période au cours de laquelle ces arrestations ont eu lieu. Malgré l’annonce de nouvelles libérations par les autorités judiciaires, l’impression d’une mesure incomplète et sélective prévaut parmi les familles concernées.
Le sentiment dominant parmi ces proches est celui d’une attente indéfinie. Si certains gardent foi en une issue favorable, d’autres expriment ouvertement leur désillusion. Leur présence continue devant les prisons symbolise une quête de justice qui dépasse le sort individuel de chaque détenu. Elle reflète un désir plus large de voir émerger un cadre juridique et politique respectueux des droits fondamentaux. Tant que tous leurs proches ne seront pas libres, affirment-ils, leur vigilence se poursuivra.
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