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À Cuba, la lente renaissance après le passage de l’ouragan Melissa

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Trois semaines après le cyclone, les habitants d’El Cobre reconstruisent patiemment leurs vies dans un pays déjà éprouvé par de multiples difficultés structurelles.

Dans la localité d’El Cobre, à l’est de Cuba, Rosa Cintra a quatre-vingts ans. Elle vient tout juste de réintégrer l’abri qu’elle a elle-même reconstruit avec des matériaux de récupération, trois semaines après le passage de l’ouragan Melissa. Comme elle, de nombreux Cubains des provinces orientales tentent de retrouver une existence normale après le violent épisode météorologique survenu fin octobre. Le phénomène, classé en catégorie 3, a frappé un territoire déjà confronté à une situation économique difficile, des pénuries récurrentes et une épidémie de chikungunya.

Les dégâts matériels sont considérables. Selon les dernières estimations des Nations Unies, environ cent cinquante mille logements ont été endommagés et près de cinquante mille personnes demeurent sans toit. Le secteur agricole n’a pas été épargné avec cent soixante mille hectares de cultures dévastés. Si les autorités cubaines avaient réussi à mettre en sécurité plus de sept cent trente-cinq mille personnes, évitant ainsi des pertes humaines sur leur territoire, le bilan régional s’élève à soixante-seize décès.

À El Cobre, localité de la province de Santiago de Cuba, la moitié des sept mille habitants restent privés d’électricité. L’approvisionnement en eau fonctionne mais sa qualité n’est pas encore optimale. Le père Rogelio Dean, responsable du sanctuaire local, évoque également la propagation du chikungunya qui affecte une partie importante de la population. Les services médicaux déploient des efforts remarquables pour prendre en charge les personnes contaminées.

Le gouvernement a initié plusieurs actions pour soutenir la reconstruction. La distribution de tôles a été organisée, bien que les quantités disponibles ne couvrent pas l’ensemble des besoins. Moraima Lopez, cinquante-six ans, indique n’avoir reçu que vingt-trois tôles alors qu’elle en nécessite quarante-neuf pour couvrir intégralement sa maison. En parallèle, des initiatives citoyennes se développent. La paroisse locale a mis sur pied des groupes de bénévoles qui participent activement aux travaux de reconstruction, comme en témoigne Yoismel Correa, chirurgien orthopédique engagé dans ces actions solidaires.

La province de Santiago de Cuba, deuxième plus peuplée du pays, connaît la progression la plus lente en matière de rétablissement du réseau électrique. Alors que la quasi-totalité des foyers des autres provinces orientales ont retrouvé l’électricité, seulement cinquante-huit pour cent des habitants de cette région étaient reconnectés en début de semaine.

L’aide internationale commence à parvenir sur l’île, en provenance de l’Union européenne, de la Chine, du Venezuela, du Mexique et d’autres pays de la zone. L’archidiocèse de Miami a affrété deux avions humanitaires à destination de Santiago et Holguin. Toutefois, le représentant des Nations Unies à Cuba a souligné les difficultés particulières auxquelles fait face l’île en raison de l’embargo américain, qui limite son accès aux financements internationaux pour la gestion des urgences.

Au-delà des défis matériels, le moral des sinistrés constitue un enjeu majeur. Le père Rogelio observe que de nombreux habitants traversent une période de profonde démoralisation après avoir tout perdu. La reconstruction s’annonce comme un processus long et exigeant pour une population qui doit simultanément composer avec les difficultés structurelles du pays et les séquelles du cyclone.

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