Économie
L’Europe lance un bouclier historique pour sa sidérurgie
Face à une concurrence mondiale jugée déloyale et à une production en berne, l’Union européenne a décidé de renforcer drastiquement ses instruments de défense commerciale pour préserver un secteur jugé stratégique.
Les institutions européennes ont scellé un accord établissant un cadre de protection renforcé pour l’industrie sidérurgique communautaire. Ce dispositif, dont les modalités techniques doivent encore être formellement entérinées dans les prochaines semaines, vise à prendre le relais d’un mécanisme précédent arrivant à expiration fin juin. Son entrée en vigueur est prévue pour le début du mois de juillet.
Le plan adopté repose sur deux piliers principaux. D’une part, les droits de douane applicables aux importations d’acier au sein du marché unique seront sensiblement relevés. D’autre part, les volumes pouvant être importés en franchise de droits seront réduits de près de moitié, passant à un plafond annuel d’environ 18,3 millions de tonnes. Une disposition transitoire permettra, pendant une année, de reporter les quotas trimestriels non utilisés sur la période suivante, avant que ce système ne soit soumis à l’approbation discrétionnaire des autorités européennes.
Cette réponse intervient dans un contexte de forte pression sur les producteurs locaux. Ces derniers dénoncent depuis des années les effets d’une surcapacité mondiale, attribuée en grande partie à des soutiens publics massifs accordés par certains pays, qui pèsent sur les cours mondiaux. La situation s’est encore compliquée avec l’application de tarifs douaniers élevés sur les métaux européens par d’autres grands partenaires commerciaux, limitant les débouchés à l’exportation.
Les chiffres illustrent l’ampleur des difficultés. La production d’acier dans l’Union a atteint l’an passé son niveau le plus bas jamais enregistré, tandis que les importations ont, à l’inverse, progressé pour représenter une part significative de la consommation intérieure. Les représentants de la filière saluent une décision qu’ils qualifient d’inédite, estimant qu’elle va au-delà d’une simple stabilisation des flux pour engager une réduction effective.
La Commission européenne justifie cette action par la nécessité de préserver un secteur considéré comme vital, tant pour son poids économique et social que pour son rôle dans les chaînes d’approvisionnement industrielles et les ambitions stratégiques du continent, notamment en matière de sécurité et de transition écologique. Elle met en avant la protection de millions d’emplois directs et indirects, ainsi que le soutien aux objectifs de décarbonation.
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