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Violences sexuelles sur le plateau de Saclay : des procédures judiciaires au point mort

Quatre ans après la révélation de faits graves au sein de prestigieuses écoles d’ingénieurs, la majorité des enquêtes ont été clôturées sans suite. Les établissements assurent avoir renforcé leurs dispositifs de prévention, mais la confiance des étudiants reste fragile.
La quasi-totalité des investigations judiciaires ouvertes à la suite de révélations de violences sexistes et sexuelles dans les grandes écoles du plateau de Saclay ont été classées. Sur les onze procédures lancées par le parquet d’Évry à l’automne 2021, six ont été closes sans que des poursuites ne soient engagées, souvent en raison d’éléments jugés insuffisants. Une information judiciaire concernant CentraleSupélec a abouti à un non-lieu à la fin de l’année dernière. Seules trois enquêtes, dont deux à l’École normale supérieure et une à Supélec, demeurent en cours.
Les établissements concernés, parmi les plus sélectifs du pays, affirment avoir déployé une série de mesures depuis ces signalements. Baromètres annuels, cellules d’écoute dédiées et campagnes de sensibilisation ont été généralisés. La direction de CentraleSupélec fait ainsi valoir une diminution notable des cas signalés, sans toutefois communiquer de données chiffrées récentes. Des procédures disciplinaires internes sont par ailleurs en cours.
Pourtant, sur le terrain, le sentiment d’une prise en charge perfectible persiste. Des étudiantes évoquent un climat de sexisme ordinaire et une réticence à recourir aux dispositifs officiels, par crainte de l’absence de suites concrètes. Une ancienne élève de Polytechnique, très impliquée sur ces questions, souligne que l’institution peine à gagner la confiance de sa communauté, un phénomène qu’elle relie en partie à la culture militaire propre à l’école. Les chiffres publiés par ces établissements font par ailleurs l’objet de critiques quant à leur méthodologie, comme l’ont relevé des étudiants dans leurs publications internes.
Les statistiques disponibles confirment l’ampleur du défi. Une enquête menée à l’ENS Paris-Saclay en 2023 indiquait que 5% des étudiants déclaraient avoir subi une agression sexuelle et 2% un viol. Un constat qualifié de « glacial » par les associations féministes locales, qui pointaient le faible taux de signalement auprès de la cellule interne. Un baromètre national récent montrait que seule une minorité d’étudiants se sentait « tout à fait en sécurité » dans son établissement.
Malgré ce bilan contrasté, les acteurs engagés observent une forme de progression. La mobilisation étudiante s’est structurée et élargie, et la question des violences sexuelles s’est durablement installée dans le débat au sein de ces campus. La persistance du sujet, même après le classement de nombreuses procédures, illustre la difficulté à traduire dans les faits une politique de prévention et à restaurer une pleine confiance dans les mécanismes d’alerte.

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