Planète
Mayotte, trois ans de robinets à sec


Les habitants du département français subissent des coupures d’eau chroniques, héritage d’une sécheresse historique et d’une gestion défaillante, tandis qu’un procès révèle des dysfonctionnements au sein de l’ancien syndicat des eaux.
Depuis trois ans, la distribution d’eau potable à Mayotte ne fonctionne que par intermittence. Les Mahorais vivent au rythme de tours d’eau imposés, une mesure de rationnement devenue la norme. Cette situation découle d’une sécheresse exceptionnelle survenue en 2023, mais elle met aussi en lumière l’état vétuste des infrastructures et des failles persistantes dans la gestion de la ressource.
Un procès s’est tenu cet hiver devant le tribunal correctionnel de Paris, visant l’ancienne direction du syndicat des eaux, le Sieam. Dix-huit personnes et six sociétés ont été jugées pour des faits présumés de détournement de fonds publics et de favoritisme. Les réquisitions ont été sévères, avec une peine de quatre ans d’emprisonnement, dont deux avec sursis, requise contre l’ancien président de la structure.
La fragilité du système est structurelle. L’approvisionnement de l’île dépend à plus de 90 % des précipitations, une dépendance accrue par les effets du changement climatique qui raccourcissent les saisons des pluies. Dans le même temps, la population a plus que doublé en vingt ans, augmentant considérablement la pression sur la ressource. Les deux retenues collinaires existantes, construites à la fin des années 1990, sont aujourd’hui insuffisantes pour couvrir les besoins quotidiens.
Les difficultés ne se limitent pas à la disponibilité de l’eau. Le réseau de distribution, vétuste, laisse s’échapper près d’un tiers de l’eau traitée à cause de fuites. Une usine de dessalement, dont la capacité devait être augmentée après une précédente crise en 2017, ne fonctionne pas à plein régime. Par ailleurs, près de 30 % de la population n’est toujours pas raccordée au réseau d’eau potable.
Face à cette crise prolongée, des collectifs d’habitants se sont mobilisés. Leurs actions en justice ont notamment permis d’obtenir une réduction significative sur les factures d’eau des abonnés. Une autre procédure, visant à contraindre l’État à mieux protéger les citoyens face aux conséquences du dérèglement climatique, est en cours.
Les autorités ont annoncé plusieurs plans pour tenter de remédier à la situation. Un nouveau programme prévoit la construction d’une seconde usine de dessalement d’ici à 2027 et la création d’une troisième retenue d’eau pour 2032. Cependant, sur le terrain, la défiance reste grande. Les échéances annoncées ont déjà été repoussées à plusieurs reprises, nourrissant un sentiment d’abandon parmi la population qui continue de composer, au quotidien, avec la pénurie.





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