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L’ombre des disparus plane sur le Salvador de Bukele

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_**Alors que le pays célèbre sa sécurité retrouvée, des milliers de familles attendent toujours des nouvelles de proches envolés dans le silence des gangs. Leur quête de vérité se heurte à l’indifférence des institutions.**_

Dans le quartier de Mejicanos, à San Salvador, Tomasa Lopez désigne un ravin. Elle est convaincue que les restes de sa fille Kathya, partie à seize ans il y a une décennie et jamais revenue, y reposent. Comme elle, des centaines de mères et de sœurs vivent dans l’attente, malgré la politique de fermeté menée par le président Nayib Bukele contre les groupes criminels. Le régime d’exception en vigueur depuis 2022, ayant conduit à l’incarcération de dizaines de milliers de suspects, a fait naître un espoir vite déçu parmi ces familles. Elles dénoncent aujourd’hui l’absence de volonté politique pour élucider le sort des disparus.

Les autorités salvadoriennes estiment que la majorité des disparitions relèveraient en réalité d’homicides. Ce constat impliquerait un bilan humain bien plus lourd que les précédentes évaluations. Pour les proches des victimes, cette affirmation reste lettre morte en l’absence d’enquêtes concrètes et de recherches actives. Carmen Armero, qui a perdu son fils Herber en 2021, préside un collectif de familles. Elle accuse l’État de dissimuler l’existence de charniers pour préserver l’image d’un pays désormais pacifié.

L’angoisse se mêle à la prudence. La sœur d’un vendeur ambulant disparu en 2022 explique que les familles redoutent désormais d’entreprendre elles-mêmes des fouilles. Toute initiative personnelle pourrait être interprétée par les forces de l’ordre comme une complicité avec les bandes criminelles. Cette paralysie illustre le vide dans lequel sont laissés ceux qui cherchent un être cher. L’accès aux informations, qu’elles concernent les victimes récentes des gangs ou celles, plus anciennes, de la guerre civile, reste strictement confidentiel.

Face à ce silence institutionnel, une proposition de loi visant à encadrer les recherches et à soutenir les familles a été rejetée par le Parlement, dominé par la majorité présidentielle. Une députée d’opposition déplore cet abandon, soulignant que la sécurité proclamée ne saurait effacer la détresse de milliers de citoyens. La situation contraste avec celle de pays voisins comme le Mexique, où les collectifs de familles bénéficient d’un cadre légal pour exiger des investigations.

Dans l’attente, les mères puisent leur force dans le souvenir et l’espoir ténu d’une sépulture. Devant une fresque murale dédiée aux disparus, Sandra Gallegos évoque son petit-fils, certain du retour de son père. Son vœu le plus cher est de pouvoir un jour, au moins, honorer sa mémoire en un lieu précis. Tomasa Lopez, quant à elle, a fait le serment de poursuivre sa quête jusqu’à son dernier souffle. Pour ces femmes, la paix promise ne pourra advenir qu’avec la vérité, fût-elle la plus douloureuse.

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