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Une dissidente russe mène un double combat, contre le Kremlin et la maladie

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Exilée en Lituanie, Khelga Pirogova, ancienne élue municipale proche d’Alexeï Navalny, poursuit son engagement politique tout en affrontant un diagnostic de cancer.

L’annonce est tombée comme un coup de massue. Pour Khelga Pirogova, militante russe en exil, le diagnostic d’un cancer avancé a brutalement modifié sa perception de la résistance. Auparavant convaincue de devoir incarner une force indestructible face au pouvoir, elle admet désormais que la maladie lui a appris la vulnérabilité. Cette révélation personnelle survient dans un contexte où la dissidence russe, exsangue après la répression des réseaux de l’opposant Alexeï Navalny et la guerre en Ukraine, tente de se réorganiser depuis l’étranger.

Ancienne élue municipale à Novossibirsk sous la bannière d’une coalition soutenant Navalny, Khelga Pirogova a dû fuir la Russie en 2022, alors qu’elle était enceinte, pour échapper à des poursuites judiciaires. Réfugiée à Vilnius, elle travaille désormais pour une organisation investiguant la corruption des élites russes. C’est là qu’elle a appris, début 2025, être atteinte d’un cancer. Après une première erreur de diagnostic catastrophique, un lourd traitement a débuté, associant chimiothérapie et radiothérapie.

Sur les réseaux sociaux, elle documente avec une franchise déconcertante son quotidien de patiente, évoquant la fatigue extrême, les effets secondaires des médicaments et la lutte pour maintenir son poids. Cette transparence, dit-elle, constitue une forme de thérapie et lui vaut un soutien considérable de la part de ses abonnés. Elle a surnommé cette série de vidéos le « journal d’une vampire », une métaphore de l’énergie que la maladie semble lui siphonner.

Parallèlement à ce combat intime, son engagement politique se poursuit. Elle établit même un parallèle entre sa lutte contre la maladie et celle menée contre le régime de Vladimir Poutine, soulignant que ces deux adversaires exigent une endurance et des soutiens extérieurs. Une campagne de financement participatif a ainsi permis de réunir les fonds nécessaires à son traitement par immunothérapie, une « magie » à laquelle elle dit devoir sa survie.

Depuis son bureau lituanien, Khelga Pirogova observe avec attention les évolutions en Russie. Elle note l’émergence, malgré une répression féroce, d’une nouvelle génération de militants qui abordent avec prudence des problématiques locales, sans toutefois défier frontalement le pouvoir central. Déclarée « agent de l’étranger » par Moscou, elle se garde de citer des noms pour ne pas exposer ces activistes.

Son objectif, et celui de son équipe, reste de documenter les abus du système et de préparer l’avenir. Elle espère vivre assez longtemps pour assister à la fin du règne de Vladimir Poutine et voir comment la société russe pourra alors s’attaquer à la corruption endémique. En attendant, elle cohabite avec son cancer, déterminée à ne pas abandonner son travail, convaincue que chaque effort compte pour limiter l’emprise du Kremlin.

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