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Un sanctuaire polaire pour sauver la mémoire des glaciers

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Au cœur de l’Antarctique, une arche de Noé glaciale vient d’être inaugurée. Elle abrite des échantillons de glace millénaires, précieux témoins du climat passé, mis à l’abri pour les scientifiques des siècles à venir.

Dans les profondeurs du continent blanc, une équipe internationale procède à la mise en réserve de cylindres de glace prélevés sur les plus hauts sommets de la planète. Cette infrastructure unique, un tunnel de trente-cinq mètres de long creusé sous la neige, constitue désormais le premier dépôt mondial d’archives glaciaires. Située à plus de trois mille mètres d’altitude au sein de la station Concordia, cette chambre forte naturelle maintient une température constante de moins cinquante-deux degrés Celsius.

Les premières pièces de cette collection irremplaçable proviennent des Alpes européennes. Des carottes forées sur le massif du Mont-Blanc et le Grand Combin ont entamé un long périple. Conservées dans des conteneurs isothermes, elles ont traversé les océans à bord d’un navire polaire avant d’être déposées dans leur nouvel écrin. D’autres échantillons, issus de campagnes de forage dans le Caucase, les Andes ou le Pamir, les rejoindront prochainement.

Chaque carotte, formée par l’accumulation séculaire de neige, renferme une chronique détaillée des conditions atmosphériques passées. Les bulles d’air piégées, les poussières et les particules offrent aux chercheurs une lecture précise de l’évolution du climat, des précipitations ou de la composition de l’air sur des centaines, voire des milliers d’années. Ce patrimoine glaciaire est menacé de disparition par le réchauffement planétaire, qui entraîne une fonte accélérée des glaciers de montagne.

Le site antarctique a été choisi pour sa stabilité climatique exceptionnelle et son isolement géographique, garantissant une préservation optimale sur une échelle de temps pluriséculaire. Les promoteurs du projet estiment que ces archives seront ainsi protégées pour plusieurs décennies, probablement plusieurs siècles. Cette initiative répond à une urgence scientifique, alors que de nombreuses masses glaciaires sont appelées à fondre intégralement dans les prochaines décennies.

La réalisation de ce sanctuaire est le fruit d’une décennie de travaux mobilisant des institutions de recherche européennes. Si l’étape technique est aujourd’hui franchie, les porteurs du projet soulignent la nécessité d’établir un cadre de gouvernance international et pérenne pour assurer la gestion à long terme de ce patrimoine commun de l’humanité. L’objectif est de léguer aux générations futures des clés essentielles pour comprendre les transformations environnementales en cours et à venir.

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